Barbara Thiandoum: la Femme caméléon

Barbara Thiandoum: la Femme caméléon

Portrait de Barbara Thiandoum, socio-anthropologue, Docteure en Science Politique, Responsable scientifique

Socio-anthropologue, Docteure en Science Politique, Responsable scientifique à l’URIOPSS/CR-OIH et Chercheure au Laboratoire Caribéen de Sciences sociales, Barbara Thiandoum fait partie de ces femmes inspirantes, une femme investie hors cases formatées, une femme accomplie, opiniâtre, déterminée, multidimensionnelle, qui nous dessine non seulement sa carrière mais aussi un chemin de vie inattendu.

Infiltrez-vous dans notre « Interview-Confidences » et osez savourer un soupçon de ce cocktail punchy et découvrons ensemble la face cachée de cette femme de Sciences le jour et chanteuse à ses heures, la nuit!

Pour BILOA, Barbara s’est livrée au jeu des questions-réponses au Centre de Ressources Observatoire des Inadaptations et des Handicaps à Pointe à Pitre, son lieu de travail en tant que Référente scientifique.

« Je suis à la fois debout tout en étant dans l’horizontalité »

Sénégalo-Française, elle a hérité de son père, cette posture de « femme verticale » ou encore posture de « femme haute », charismatique, droite, fière et digne, qui match à la femme à responsabilités, déterminée et exigeante: « Le port des Peulhs est très droit et on donne l’impression de s’imposer. Déjà corporellement, j’impose par ma taille, ma hauteur, par mes traits. La nature m’a donné une plastique particulière, qui va à l’encontre de la posture basse ». Une femme lumière dans toute sa splendeur avec une silhouette élancée, qui dégage une élégance naturelle et surtout la Force. Le tout accentué par une grâce innée et une gestuelle envoûtante.

Parallèlement, sa fonction de chercheure lors de ses interviews, la positionne dans une relation plus souple, plus confiante pour une ouverture de dialogue, en « posture d’horizontalité ou posture basse » comme l’explique Barbara: « J’ai dû très tôt travailler cette posture basse pour me permettre d’accéder au terrain pour faciliter mes relations à l’autre. Pour moi c’est une nécessité pour rentrer en lien.Si j’ai à définir cette femme que je suis, c’est dans ce rapport-là, verticalité-horizontalité,une femme avec tous ses paradoxes, toutes ses ambivalences « .

« Mon père est Sénégalais, ma mère est Française et ils se sont croisés en Normandie »

« C’est une rencontre des rives » précise Barbara. Née à Evreux, Barbara Thiandoum est l’aînée d’une fratrie de dix enfants du côté de son père et de trois enfants du côté de sa mère. Lors du divorce de ses parents, Barbara se partage avec ses frères et sœurs entre père et mère : « Ce grand homme, qui venait nous récupérer une fois tous les 15 jours, me contait d’une manière constante, sa propre histoire de vie, son parcours et me rappelait, que j’étais, que je suis l’aînée de la famille Thiandoum et que cette place d’aînée exige certaines choses, certaines attitudes et j’ai grandi jusqu’à mes 14-16 ans, avec ce discours du « Pater » autour de la nécessité de préserver le nom, de tout mettre en œuvre pour que ce nom ne soit surtout pas sali ».

« J’ai donc grandi à travers ce biculturalisme »

Très jeune, Barbara apprend à s’adapter à une éducation biculturelle et à muter d’un principe d’éducation à un autre:  » Enfant, je devais à chaque fois, me déchouquer en adéquation avec les principes, les valeurs défendus par un cadre socio-culturel et par l’autre cadre culturel. J’ai dû faire ce travail constant d’adaptation et de réadaptation pour répondre aux principes éducationnels, qui n’étaient pas les mêmes chez mon père et chez ma mère. Lorsque ma mère nous reprenait, elle exigeait qu’on la regarde dans les yeux. Et une fois, tous les 15 jours, lorsque je me rendais chez mon père, en nous tapant sur les doigts, nous demandait de baisser les yeux. D’où la nécessité de savoir constamment s’adapter. C’est peut-être cela, qui m’a conduite vers les Sciences Humaines et Sociales ».

Après un déménagement à Ris Orangis, Barbara Thiandoum quitte la Normandie avec sa famille et connait alors les classes de découverte, les activités physiques: « Cela m’a donnait cette envie d’aller à l’encontre de l’autre. Il n’y a pas que ce contexte environnemental, qui était favorable. Il y avait ma mère aussi! »

« Ma mère s’est battue pour nous »

Une reconnaissance évidente empreinte de respect pour sa mère: « Elle a élevé seule 3 enfants, en tant que femme. Elle est complètement l’opposé de moi. Elle est beaucoup plus dans le sensible, qui agit en fonction de son cœur et pas en fonction de sa tête. C’est pour cela qu’en terme d’orientation, cela fait mon côté froid. Une rationnelle ».

17 ans, l’âge de la découverte du mouvement underground techno hébergeant au CAES (Centre Autonome d’Expérimentation Sociale) de Ris Orangis: « J’ai fréquenté cet espace alternatif et ce mouvement de gens vivant en camion, habillés avec des rangers, en kaki, des crêtes rouges sur la tête, des locks, des percings… »

A 18 ans, en parallèlede l’université, Barbara Thiandoum est surveillante d’externat et animatrice de centres de loisirs. Un nouveau tournant dans sa vie, alors en couple avec un jeune homme de son quartier, appartenant au mouvement techno, pour partir pour Perpignan. Ils y resteront 5 ans. Un épisode de sa vie, qu’elle relate avec un sourire: « Pour s’y installer, on a fait le tour des teknivals pendant 2 mois ».

Bardée déjà de diplômes, Deug, Licence et Maîtrise en Sociologie à 24 ans,elle a alors plusieurs activités professionnelles pour pouvoir vivre: « J’ai cumulé les activités pour pouvoir manger ». Alors inscrite en Master professionnel, elle réalise alors un stage sur les comportements et attitudes des adolescents. Son master professionnel en poche pour finaliser son cursus universitaire, elle n’ignore pas que sa route sera plus longue: « Mais je savais que je ne m’arrêterais pas là ».

« A la différence des autres universitaires, je me suis retrouvée à travailler non pas pour me payer des sorties mais pour manger »

En femme opiniâtre, Barbara Thiandoum révise sa copie et fait alors un nouveau bond, comme elle l’explique: « J’ai décidé de me professionnaliser pour moins galérer pour manger ». A 25 ans, son Master « Recherche, Histoire et Civilisations » dans l’autre poche, une thèse en préparation, elle est également en parallèle chargée de cours à l’Université de Nîmes: « C’était de faire de la recherche, qui m’importait. Cette expérience me faisait mettre un pied dans l’espace de la recherche ».

En mode jeune femme battante, Barbara Thiandoum cumule études et travail: « Jeune diplômée et aussi concernée par le chômage, je travaille aussi 35 heures, ceci pendant 5 ans, dans une association communautaire à accompagner des personnes vivant avec le VIH. C’est surtout à ce moment-là, que j’ai identifié des stratégies me permettant d’adopter des postures basses pour être dans de l’écoute active. C’est à mes 25 ans, que s’est posé la question de la femme, parce que je travaillais avec les migrantes vivant avec le VIH. On gratte des histoires de vie, on interroge la violence, des blessures, des cicatrices encore ouvertes ».

Perpignan, Sète, Montpellier, Nîmes… autant de villes de la métropole, dans lesquelles Barbara s’est affirmée professionnellement avec son esprit rigoureux au travers de projets, d’études, ses activités de recherche, d’analyse… Une femme de terrain, d’investigations, de relationnel, d’études et qui s’implique.

« C’est la Guadeloupe, qui m’a accueillie »

Voilà dix ans, que Barbara Thiandoum s’est installée en Guadeloupe. Une ‘Love Story » avec l’île « plein soleil et cocotiers » pour cette jeune femme, qui un an après son  installation sur l’île Papillon, travaille alors à l’Instance Régionale d’Education pour la Santé pour un premier travail de recherche et met sa thèse de côté. Pendant 3 mois, elle suit des groupes de travellers pour un travail ethnographique.

« Je me suis demandée ce qu’était le bonheur »

De toute évidence, c’est bien en Guadeloupe que Barbara Thiandoum a trouvé son Bonheur et s’épanouit en toute simplicité: »J’avais 30 ans, la réponse que j’y ai apportée est que j’étais bien là sans être thésard, sans être docteure et que j’arrivais à négocier des contrats de recherche sans ce titre ».

« Pour être reconnu, il faut un titre »

En femme réaliste, Barbara Thiandoum ne déroge point à ses objectifs de carrière. Docteure en Science Politique, Socio-anthropologue, des titres pour une femme performante pour un profil de carrière toujours plus reconnu : « Je savais faire de la recherche mais j’étais une femme avec un accent pointu. La place que tu voudras négocier, tu la négocies avec l’autre et ce que tu as dans ta boîte à outils. Le diplôme est un élément qui permet de négocier ces places ».

 » Il n’y a rien à faire, tes premières amours te rappellent »

Rattrapée par ses premières amours, alors cadre à l’IREPS, Barbara Thiandoum n’hésite pas à prendre un congé sabbatique d’un an et passe du statut de cadre au statut d’ingénieur de recherche, avec un contrat de recherche sur les femmes et le VIH. Sa passion prend alors le pas sur sa fonction. Pour seulement 700 euros par mois, Barbara n’hésite pas une seconde et cela sans regret!: »Mais c’était ce que j’aimais! J’ai été retenue et pendant 2 ans, j’ai mené un travail financé par l’Agence nationale Recherche sur le Sida et la Fondation de France « .

« Aujourd’hui, je me dis que c’est long mais je m’en suis donnée les moyens »

Bien que ces titres ne lui apportent rien de plus, ayant déjà de la recherche sans eux, Barbara Thiandoum affirme: « Le mal que tu t’es donné pour avoir le titre et pour être, n’est pas une fin en soi. Même lorsque tu es titré, tu dois une fois de plus marquer le territoire parce qu’en face tu en as d’autres qui sont un peu bancals. Ils ne trouvent pas mieux à faire que de dénigrer l’autre. Cela m’affecte très peu parce que je suis debout et que je n’ai pas besoin de l’autre pour me reconnaître. Je m’auto-reconnais et je m’auto-félicite ».

« Mon objectif est de tendre vers la perfectibilité »

Femme d’ambition, Barbara Thiandoum travaille ses faiblesses pour en faire une force:  » Je me donne les moyens de ne pas reproduire mes erreurs à l’identique. C’est mon leitmotiv. Dans mes enseignements, je tire vers le haut. Cette quête de la performance, de l’efficience, de l’efficacité -et je n’ai pas peur de ces mots- est un principe qui doit être en nous pour porter nos actions ».

 » On peut me ralentir mais on ne me stoppera pas! « 

Barbara Thiandoum, une « Daring Lady » que l’on ne freine pas ni dans ses actions, ni dans ses convictions: »Si je vois dans mon environnement, des peaux de bananes, des choses qui peuvent désorienter mes activités professionnelles et associatives, je prends les armes!  »

« Je ne suis pas là pour donner des réponses, je me mets à disposition pour recueillir  cette histoire de vie »

Une des facettes sensibles de Barbara anthropologue, les interviews de terrain lors d’investigations: « C’est l’angoisse du chercheur. La personne en face livre quelque chose, que l’on prend, que l’on regardera plus tard d’une manière très mécanique. En sociologie, l’anthropologie, les sciences humaines et sociales, on est dans la proximité. Je ne fais pas de l’anthropologie en fauteuil, à partir de simplement une revue, de la littérature, produire un papier. Je vais sonder le terrain ».

« J’espère avoir un jour des enfants »

Et pourquoi pas la maternité, un jour? Barbara n’y est pas réfractaire mais plus tard, comme elle l’exprime en toute sincérité: « J’aimerais assurer ce rôle d’une mater sociale parce que c’est une très belle expérience. J’ai encore un peu de temps et c’est une envie! Quand j’avais 20 ans, je fréquentais le mouvement alternatif  et ce n’était pas dans la maternité, que je voulais me construire mais en tant que femme professionnelle, engagée. Si cela m’arrive à 50 ans, je le prendrais avec le sourire!  »

« C’est la Guadeloupe qui m’a amenée à la musique »

Hormis une professionnelle hors pair dans son domaine, Barbara Thiandoum, c’est aussi une voix chaude et grave. Des cours de musique avec Roland Louis ont changé son horizon: « Dans cet univers, c’est la plus belle rencontre, que j’ai pu faire. C’est lui qui m’a appris la musique, ses couleurs, les rythmes ». Le Jazz en ligne de mire ou l’histoire d’une passion, d’une attirance.

Depuis le mois de janvier, Barbara a constitué son propre groupe avec Patrick Jean-Marie, le pianiste, Toto, le bassiste et José Guilon, le batteur. Tous les mercredis soirs en toute complicité, Barbara retrouve ces professionnels,qui ont déjà plus de trente ans d’expérience, pour travailler son répertoire. C’est ainsi que Barbara Thiandoum, Docteure en Science Politique, Socio-anthropologue, Chercheure le jour, se retrouve une fois par semaine, le soir, chanteuse de jazz et se produit devant le public, dès que l’occasion se présente.

« Je suis une punk du jazz »

Barbara chanteuse se dévoile et se révèle: « C’est comme cela que je me décris. Je donne des couleurs. Je suis alors sur l’émotion. Je ne fais qu’un. Tu n’entends pas trop mon côté anarchiste, contestataire. Lorsque j’interprète un morceau, je le fais vivre, je le ponctue et je deviens une punk du jazz ».

« Notre point commun est la Beauté, la recherche du beau, pas que du côté esthétique »

Barbara partage sa vie avec un artiste peintre, Zak Ti Kan ou plutôt Son artiste. La fusion de 2 êtres faits pour se rencontrer et par-dessus adeptes de la Beauté, le Beau qui les entourent. La vie vraie et belle, leur choix comme elle le décrit si bien: « S’agissant de Zak, mon compagnon, artiste-peintre, décorateur, que tu as l’opportunité de rencontrer et d’interviewer, on peut paraître au premier abord en effet, différents avec des personnalités très tranchées. Mais notre point commun est la Beauté, la recherche du Beau, pas que du côté esthétique. Mais bien cette beauté de la vie, cette beauté des relations, de la Création. C’est cela qui est liant dans cette  relation »

« La femme noire: une mosaïque de couleurs, et de formes »

Barbara Thiandoum donne la plus belle définition de la femme noire: « La Femme! Avec toutes ses facettes, cette femme mère, cette femme travailleuse, cette femme amante, cette femme maîtresse, cette femme violente. Une mosaïque de couleurs, et de formes!  »

« Ce n’est pas la question du rêve qui me motive, mais plutôt celle de projet »

Barbara Thiandoum est consciente de ne pas avoir réalisé tous ses rêves: « Cela s’explique de par mon éducation familiale, où ma mère est une femme très terre à terre, très réaliste. La rêverie ne faisait pas forcément partie de ce qui me mettait en mouvement mais bien au contraire les principes de réalité. Je tente de faire avec ce que m’offre l’environnement en prenant compte bien entendu de mes ressources. Des projets se dessinent et si les ressources ne sont pas suffisantes, je vais en effet me donner les moyens pour capitaliser ces ressources techniques, cognitives pour mener à bien ce projet ».

Barbara Thiandoum, une femme de carrure, une vaillante et une professionnelle hors-pair, qui se mobilise régulièrement pour l’organisation de séminaires sur tous thèmes, dont un dernièrement concernant les femmes, « Femmes et Intersectionnalité – Trajectoires de femmes engagées ». Un parcours de convictions et de passions avec un message pour les femmes caribéennes: « L’amour de soi et l’amour de l’autre! »

Article rédigé par Ghislaine FEREC

Crédit Photo : Ghislaine FEREC

Posted on: 12 avril 2018Ghislaine FEREC

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