Betty Fausta: une Pasionaria dans le Business Guadeloupéen

Betty Fausta: une Pasionaria dans le Business Guadeloupéen

Malgré la foison des métiers du numérique et l’expansion des start-up du web, force est de constater que le secteur du digital demeure encore peu investi par les femmes, y compris les cadres dirigeantes. Dans cet univers essentiellement masculin, une Success Story se décline au féminin: celle d’une Business Woman guadeloupéenne, une femme de défis, Betty Fausta!

Dirigeante de IPEOS, Société de Services en Logiciels Libres créée en 2004, présidente de GuadeloupeTech depuis 2016, l’association des acteurs du numérique de Guadeloupe, mère de famille, Betty Fausta est l’essence même la femme Leader, impressionnante, inspirante, qui va sans cesse de l’avant, la « Role Model » par excellence. Pour BILOA Magazine, découvrons cette femme d’exception, adepte de la maxime « Dare to act » !

On avait plus rien, ni maison, ni vêtements, ni papiers d’identité, ni souvenirs, rien!

 

En 1989, après la destruction de la maison familiale par le cyclone Hugo, alors en classe de 4e, Betty est confiée à une tante en banlieue parisienne pour poursuivre sa scolarité. Un univers totalement inconnu pour la jeune adolescente qu’elle est alors: « Arrivée en banlieue parisienne, cela a été la découverte d’un nouveau milieu. Cela a été quelque chose d’extraordinaire, même la façon de parler. Parler banlieue, je ne savais pas faire. J’ai dû apprendre à parler un petit peu banlieue ou du moins à les décrypter car ce n’était pas mon univers. Je faisais partie de la catégorie immigrée puisque j’étais colorée. On ne se voit pas comme Français mais comme immigrée. Il y avait forcément une différence par rapport à l’apprentissage des codes sociaux, savoir comment parler, rédiger, son accent, la façon de présenter les choses. Il fallait tout réapprendre. J’ai tout de même réussi au point où au lycée, je faisais partie des meilleures élèves ».

Un Bac SMS (Sciences médico-sociales) en poche et la réussite à trois grands concours d’entrée d’écoles d’infirmières à la clef, Betty Fausta oriente ses pas vers l’armée, ne privilégiant plus la filière paramédicale et du social : « Ce qui est sûr, c’est que ma famille voulait que je sois infirmière. J’ai réussi les concours pour leur faire plaisir mais après j’ai fait ce que je voulais ».

Ce qui m’a fait du bien, c’est l’Armée

 

Une expérience mémorable pour Betty Fausta, hors des sentiers battus, lors de son service militaire au sein des troupes de marine du camp du bataillon du second RCS, qu’elle reconnaît bénéfique: « J’ai fait mon PEG (PELOTON D’ELEVES GRADES). J’aurais pu intégrer l’Armée facilement. En prévision de carrière ou financièrement, cela m’intéressait peu. J’avais une chambre d’officier, pour ne pas être avec les autres. J’étais la première femme du régiment et la première Noire, donc j’ai ouvert la voie à toutes les autres, je pourrais dire! Je n’ai pas de regret. Quand on a fini un épisode, on va de l’avant! L’armée m’a beaucoup donné en savoir social, en organisation, en gestion des hommes ».

Je suis repartie sur des études, où l’humain était au cœur de ma façon de penser

 

Elle intègre ainsi l’Université Paris V René Descartes, où elle obtient un master de sociologie, des études qu’elles se remémorent avec plaisir, au contact de professeurs, qui l’ont marquée: « J’ai eu la chance de rencontrer des enseignants vraiment formidables! »

J’avais deux boulots, assistante de direction dans la journée et garde malades, le soir

 

En jeune femme militante et déjà engagée, elle est alors représentante des étudiants de l’Unité de Formation et de Recherche des Sciences Sociales. A sa façon d’intervenir, un des doyens de l’université la remarque et propose sa candidature pour représenter la France à l’Organisation Internationale de la Francophonie, tel qu’elle le relate: « Quand j’ai été sélectionnée, j’ai pris cela comme une bonne nouvelle. Cela m’a permis d’embrasser directement la dimension internationale de la France. J’ai poursuivi avec des organisations comme les Nations Unies (UN Youth Unit) en faisant encore des études et en travaillant. J’avais deux boulots, assistante de direction dans la journée et garde malades, le soir ».

 J’ai poursuivi tout en faisant des études de Sciences Politiques à l’Université des Antilles, puisque je suis revenue, à cause d’une situation familiale compliquée

 

Pour des raisons familiales, Betty Fausta lève l’ancre en quittant la métropole pour rejoindre son île natale, la Guadeloupe. Parallèlement, elle configure son parcours professionnel en rejoignant le Centre d’Analyse Géopolitique et Internationale (CAGI) et met le focus sur son objectif: « Notamment mon site web. Le laboratoire où j’étais avec d’autres experts, m’ont aidé à monter IPEOS. Il fallait avoir une force de frappe technique avec des gens qui étaient en capacité. Il s’agissait de développer ce marché, faire comprendre aux entreprises et collectivités, qu’elles pouvaient accéder aux logiciels libres à code ouvert, améliorer le logiciel, avoir des logiciels qui leur permettent de développer toute leur potentialité et leur organisation sans contrainte financière ou juridique, puisque ce sont des logiciels libres. Cela leur a apporté une forme de liberté et une vraie révolution au sein de leur entreprise, au sein de leur collectivité ».

En femme audacieuse, perspicace et initiatrice, elle créée en 2004, IPEOS, société spécialisée dans l’ingénierie informatique et l’open source en précisant: « IPEOS a apporté sur le marché le concept de logiciels libres, à savoir une façon d’approcher l’informatique. Avant, tout l’argent que les gens dépensaient, c’était dans les licences, les logiciels ou dans du matériel et souvent ils étaient sous le diktat des éditeurs ou des fabricants. On leur a apporté beaucoup de liberté ou de l’intelligence dans la façon de gérer l’informatique. Il ne faut pas oublier que IPEOS, c’est Internet Protocole et Open source. On peut connecter n’importe quoi avec le web ou le hardware ». En mode « Leader Lady », la jeune entrepreneure traverse ainsi la ligne d’arrivée et écrit sa carrière au fil de ses envies et de ses passions.

Moi aussi, je veux en être et je peux aussi construire quelque chose en Guadeloupe!

 

Devenir entrepreneure, un choix et un projet de vie pour Betty Fausta, surgit comme une évidence après deux expériences de vie, comme elle l’explique:  « Deux choses ont contribué à sauter le pas vers l’entreprenariat. Lorsque j’étais dans ce qu’on appelle le YES (Youth Employment Summit) au Caire en Egypte en 2002 et ensuite évaluateur de programmes d’actions mondiales à l’ONU, à la fois sur le numérique, sur l’entreprenariat et la jeunesse pour l’Europe, Caraïbe et Amérique Latine. Je me suis alors dit « Moi aussi, je veux en être et je peux aussi construire quelque chose en Guadeloupe! »

 Le monde est tout de même commandé par des hommes

 

En tant que créatrice d’entreprise, évoluer et s’imposer dans un monde d’affaires masculin, peut ne pas être des plus aisés. Appréhender au juste niveau, un échange, le pied à l’étrier est une situation, que Betty Fausta en tant que dirigeante, a elle aussi connu: « Les cercles de pouvoir et de décision, ce sont les hommes. Ce n’est pas une question de plafond de verre mais c’est une histoire de réseaux. Que ce soit d’aller boire un verre entre hommes ou de discuter de certains sujets, tout devient naturel entre hommes. Que ce soit pour les grosses commandes ou les grands projets, statuer avec un homme, pour certains hommes, une femme ne peut pas gérer ce genre de choses Actuellement, cela a changé, parce que les femmes rentrent dans ce genre de milieu. C’est aussi aux femmes de faire leurs preuves. Si cela doit changer, c’est par les femmes, qui s’impliquent et qui s’engagent. S’il n’y a pas de femme qui s’engage, cela ne peut pas changer! »

J’ai appris à m’imposer

 

Quand on interroge cette Business Woman, qu’est Betty Fausta, sur la manière dont elle vit ses relations en tant que femme lors de séminaires, réunions d’affaires ou autre avec des hommes, sa réponse est spontanée et franche: « Je dirais très cordialement. Après je dirais que le volume d’affaires est toujours plus important, parce qu’il y a des sortes d’affinités, de connivences, et ce n’est pas anormal au sens sociologique du terme. C’est ce que l’on appelle en psychologie sociale, les brins de liens, qui sont plus entre certaines catégories sociales, certaines catégories de gens. J’en ai pleinement conscience! Après, ce qui c’est sûr, c’est que le fait d’avoir fait l’armée, le fait d’avoir été une femme à poigne quelque part, car j’étais la seule femme dans les réunions, même s’il y a des femmes maintenant, j’ai appris à m’imposer. Ce n’était pas évident! Mais c’est un combat continuel ».

 Je suis très souvent ouverte au dialogue et à une méthodologie agile

 

Betty Fausta fédère ses équipes en prônant l’ouverture au dialogue et une certaine éthique de travail probante: « IPEOS, c’est l’esprit start-up en open space. J’ai mon bureau que je peux fermer. Souvent, je le laisse ouvert. Je suis très souvent ouverte au dialogue et à une méthodologie agile puisqu’il faut être agile aussi bien pour gérer les projets, que les équipes en répondant d’une manière agile, ajuster, s’adapter, être à l’écoute. J’essaie d’avoir une vision managériale très collaborative mais parfois, je sais être ferme et très hiérarchique quand il le faut ».

 Je suis fière de mes équipes

 

 

La fierté d’une cheffe d’entreprise à la tête d’équipes très compétentes: « On a réussi à être parmi les huit entreprises sélectionnées dans toute la France par le gouvernement pour la mise en place de l’accessibilité numérique. On sait répondre à des exigences de très haut niveau ».

 La Semaine numérique de Québec, une belle expérience et une belle découverte

 

En Business Woman d’initiative et avisée, Betty Fausta a par deux années consécutives, saisit l’opportunité de la Semaine numérique de Québec, la vitrine par excellence consacrée aux entrepreneurs et professionnels du numérique. Avec un moment phare, le leadership féminin. Deux expériences vivifiantes et captivantes pour l’entrepreneure guadeloupéenne, comme elle en témoigne: «  Je l’ai vécue 2 fois. La première fois, c’était une belle expérience et une belle découverte. Dès la première année, on était une délégation de 6 personnes et la seconde année, on était 14. Cela a donné goût à d’autres personnes de venir. On a pu faire des rencontres institutionnelles avec des dirigeants, qui ont développé Québec Numérique. Il y avait un parcours spécial femmes aussi pour le renforcement des capacités des femmes. Les deux moments ont été vraiment exceptionnels et j’ai pu voir aussi bien à Montréal qu’à Québec des personnes pour qui l’humain compte beaucoup. J’aime beaucoup le Canada! ».

 Femme engagée et fière de l’être

 

Betty Fausta fait incontestablement partie de ces femmes réellement entrepreneures de leur vie, qui n’hésitent point à s’engager pleinement dans la société: « Femme engagée et fière de l’être, parce que j’estime que lorsque la société vous a donné et que vous devez rendre à la société une petite partie, on n’a pas le droit d’être égoïste, alors qu’à côté de soi, il y a des choses qui vont mal. On doit préparer le futur de nos enfants mais de tous les enfants. Pour moi, la société est plus grande que le pouvoir matériel individuel! »

 J’ai fondé Guadeloupe Tech, pour faire en sorte que le niveau général au niveau de l’informatique puisse augmenter

 

Une pépite d’or pour développer le modèle économique de demain, dont Betty Fausta en digne fondatrice, est fière: « J’aimerais que Guadeloupe Tech, l’association des acteurs du numérique en Guadeloupe soit reconnue comme une association forte de la filière du numérique » .

 Le week-end, on est ensemble et on essaie de s’organiser pour pas mal de choses

 

Une femme qui accorde parfaitement le tempo entre vie professionnelle et vie familiale: « La chance que j’ai est que j’ai deux enfants, qui ont un écart de 10 ans, une qui vient de passer son Bac et une de 6-7 ans. J’ai des membres de la famille, qui me donnent des coups de main de temps en temps et j’essaie d’être là pour eux ».

Si on peut, entre nous, se faire la courte échelle pour progresser, tant mieux!

 

Ce que l’on retient de la vision de Betty Fausta sur l’entreprenariat féminin aux Antilles, sont ces femmes, qui dégagent une force rayonnante, des conquérantes, prêtent à quitter leur zone de confort et se lancer avec conviction et passion dans leur projet de vie: « Il y a une vraie prise de conscience, des projets magnifiques. L’essentiel est que l’on aille vers une femme mieux dans sa peau, mieux au fait de certaines opportunités. Et si on peut, entre nous, se faire la courte échelle pour progresser, tant mieux! »

Betty Fausta, une Business Woman accomplie, efficiente, une femme engagée, qui s’investie dans la vie de son île, qui s’impose dans le paysage économique de la Guadeloupe, une femme d’action et influente!

Article & Crédits Photos : Ghislaine Férec 

Montage Photos: Olivier Férec

Posted on: 2 juillet 2018Ghislaine FEREC

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