« On veut être le carrefour de connaissances culturelles et professionnelles de la communauté afro-caribéenne à Montréal »

« On veut être le carrefour de connaissances culturelles et professionnelles de la communauté afro-caribéenne à Montréal »

Fondé par des jeunes passionnés panafricains, Karibu Montréal se présente comme une plateforme relayant les informations dans les communautés afro caribéennes, sur le plan de la culture et de l’économie. 

Lemy et Diogène, fondateurs de Karibu Montréal
Lemy et Diogène, fondateurs de Karibu Montréal

Entrevue avec les fondateurs de Karibu Montréal, Lemy et Diogène. Les deux amis se connaissent depuis la Belgique. Ils sont tous les deux arrivés à Montréal en 2013. Lemy évolue dans le domaine des assurances, et Diogène est conseiller en technologie de l’information. Il vient de créer son entreprise, ERP Happy.

KARIBU signifiant dans la langue Swahili, Bienvenue, les fondateurs souhaitent que que les gens se sentent bienvenus partout où ils sont, que la communauté africaine recommence à se rencontrer, à discuter et à collaborer ensemble.

Comment est né le concept Karibu Montréal ?

Lemy : Ayant été des Noirs qui ont grandi en Occident, on s’est toujours intéressé aux problèmes de la communauté. Déjà en Belgique, on participait à des conférences, on s’intéressait à la culture africaine. Je parle de notre Histoire, les traditions… En arrivant à Montréal, quand on s’est réuni avec Diogène et d’autres amis et on s’est dit qu’on pouvait agir même si c’est une terre nouvelle, et mettre en place Karibu Montréal.

On est un plateforme d’information au départ avec une page Facebook. L’idée principale c’est : Relayer l’information. On veut vraiment que les gens soient au courant de ce qui se passe à Montréal dans le domaine de la culture et de l’économie. Ce sont les deux domaines que l’on trouve importants.

Diogène : A la création de Karibu Montréal en octobre / novembre 2013, on s’était rencontré à 8 personnes. Rapidement nous sommes passés de 8 à 6. Ensuite, de 6 nous sommes aujourd’hui à deux. La particularité du groupe de 6 est que nous avions tous vécu en Belgique. On a organisé deux événements fin 2013 / début 2014. Puis il y a eu une période de trêve. On a repris il y a un an, au Printemps 2016 juste à deux, Lemy et moi-même. On a organisé deux événements l’année passée à Pointe-Saint-Charles : une projection du film « Etats-Unis d’Afrique » et une conférence sur l’Histoire de l’Empire Mali.

Combien d’événements avez-vous organisés à ce jour ? 

Lemy : Quand on était 8, on avait organisé deux événements réseautage. A deux, Diogène et moi-même, on a organisé 6 événements. Et c’est au deuxième événement sur l’Empire du Mali qu’on a compris qu’on allait plus se concentrer sur l’Histoire africaine. Car avec un minimum de publicité on a réussi à attirer 30 personnes dans une petite salle appelée Sur la Well. Et ce sont des gens qui venaient de loin. Cela montre qu’il y a un intérêt. Donc d’octobre 2016 à janvier 2017, on a commencé à préparer « Retour aux Pyramides ».

On réunit entre 100 et 150 personnes aujourd’hui à chaque événement.

Quels sont vos objectifs à travers vos événements « Retour aux Pyramides » ?

Diogène : Il y a un gros manque à travers la communauté afro caribéenne et ce n’est pas limité à Montréal : un manque de confiance en soi, un manque de confiance entre nous. Et à cause de ce problème profond, ça engendre beaucoup de comportements qui sont par exemple, le Noir consommateur va être beaucoup plus hésitant à aller consommer chez un de ses frères ou une de ses sœurs. On a enseigné au Noir que son passé commence avec l’esclavage, la colonisation.

Mais en fait c’est faux. Il y a tellement de choses qui se sont passées, qu’on ne nous enseigne pas dans l’éducation formelle. Et c’est un trou que l’on veut essayer de combler. Et on pense que combler ce manque d’éducation contribue fortement à notre objectif de long terme qui est qu’on reprenne confiance en nous-mêmes, et confiance en le fait de collaborer entre nous.

Donc avec Retour aux Pyramides, on voit ça comme un des moyens pour atteindre notre objectif à long terme.

Comment sont structurés vos événements du point de vue du contenu ?

Lemy : A travers nos événements, comme l’a dit Diogène, on veut que l’on reprenne confiance en nous. Pour ce faire, les faits sont là, la documentation est là. Les gens peuvent même se dire qu’on n’a pas besoin de faire d’événements. Mais pour qu’on puisse arriver à cette documentation là, à la déchiffrer ou à la relire, on se dit que la forme peut parfois être différente. Donc nous on a choisi une autre forme. C’est pour cela qu’on insiste sur le fait que ce ne sont pas des conférences, c’est de l’éducation populaire.

Les événements sont structurés de cette façon : On amène des personnes dans un bel endroit comme l’espace Mushagalusa. On a un animateur et un intervenant sur scène. L’animateur pose des questions à l’intervenant. Ce n’est pas un cours magistral, c’est comme une conversation avec pour thème les empires africains. Et on passe à travers les aspects organisationnelles de cet empire de manière relax. Et à partir de là, on veut que les gens puissent aller d’eux-mêmes chercher l’information. Donc on donne des références pour qu’ils approfondissent. On renseigne les gens. C’est une impulsion que l’on veut leur donner.

Comment vous choisissez vos intervenants ? 

Lemy : L’intervenant est choisi de façon très simple. On ne prend pas des experts. Ce sont des gens qui ont fait des recherches, qui lisent. Et souvent, on prend des gens qui ne sont pas issus de ces « royaumes » de façon à ce qu’on puisse montrer que nous venons tous des ces empires. Un exemple : l’Empire du Mali a été présenté par une Haïtienne, Winny Jay. On recherche des personnes très passionnées mais qui on aussi une pédagogie.

Et on remarque que le besoin est là. Il y a beaucoup de personnes qui après avoir assisté à un événement nous demande « Est ce que je peux présenter un empire ? ».  Donc ce n’est vraiment pas nous qui allons les chercher, ils viennent à nous. Ils ont envie de transmettre aussi.

Diogène : A date, on n’a pas fait d’annonce sur Internet. On identifie nos intervenants dans notre réseau personnel. Le milieu panafricain est en croissance mais pas si énorme que ça à Montréal. Donc les gens passionnés par le sujet, tu les rencontres assez vite. Et les gens qui sont passionnés et prêts à présenter ça réduit encore le scope de personnes à chercher.

Quel est le retour du public venu assister à vos événements ? 

Diogène : Dans ce qui revient souvent et qui est positif c’est la formule. Le fait que ce ne soit pas une conférence, que c’est présenté de façon plus détendue, souvent avec un peu d’humour et qu’on essaie de communiquer au maximum avec le public.

La salle, l’espace Mushagalusa, donne envie d’y être. C’est propre, il y a une belle décoration.

Lemy : Et le thème ! Les gens ressortent toujours avec une information en plus. Et c’est souvent une information valorisante. Et ils aiment aussi la chaleur des organisateurs ! (Rires)

Diogène : Dans les points à améliorer, souvent on nous demande de le faire plus long. On avait commencer en se disant qu’on allait faire 45 min de présentation, une pause puis 45 min d’échanges. Mais on s’est rendu compte que 45 min de présentation c’était vraiment trop court. Donc on est passé à un format, 1h-1h15. Et encore, on nous dit qu’il faudrait faire plus long. Donc on a plus vraiment de pause officielle, et on a raccourci le temps d’échanges.

Il y a aussi des choses auxquelles on pouvait s’attendre, comme parfois il y a des approximations, des sujets qui n’ont pas été abordés… Mais cela est dû au fait que Karibu Montréal apprend et que l’intervenant est autodidacte.

Lemy : Ce sont des aspects organisationnels qu’on a choisi : Economique, Social, Militaire et Politique. Donc on veut passer à travers ça. Chaque empire s’est démarqué par un aspect en particulier. Par exemple, l’Empire Zulu, on va plus parler de militaire. On ne va pas parler des aspects moins marquants de certains empires.

Donc le fait qu’on informe pas sur tout est dû au temps, et c’est aussi un choix. Dans le contexte de l’éducation populaire, il y a un échange après. Même le public peut nous enseigner car comme on l’a dit, on n’est pas des experts. On apprend tous ensemble.

Diogène : Pour l’Empire Zulu par exemple, on avait reçu plein de questions du public. Et dans la présentation PowerPoint qu’on envoie au public, on a ajouté des slides dans lesquelles on a répondu aux questions qui n’avaient pas trouvé réponse pendant la présentation.

Quels seront les thèmes de vos prochains événements ? Est-ce qu’il y aura un spécial pour enfants ? 

Diogène : on a fait « Retour aux Pyramides » Acte 1 à Acte 4 : Empire Mali, Royaume Kongo, Empire Aksoum et Empire Zulu. L’acte 5 sera sur l’Empire du Dahomey. Il va se passer le 20 juin. Et l’acte 6, sur l’Empire des Maures dans les prochains mois.

Pour nous, l’enseignement aux enfants, c’est fondamental. Au plus tôt tu décolonises ton esprit, plus facile c’est. On n’a pas prévu dans le cadre de Retour aux Pyramides. Mais on connait plusieurs personnes qui sont déjà actives. On pourrait faciliter la transmission de connaissances aux personnes qui enseignent déjà l’Histoire aux enfants ici à Montréal.

Lemy : On aimerait que l’on puisse redevenir qui nous étions et nous réorganiser selon nos valeurs. Et l’Histoire et l’éducation sont des clés qui nous permettent d’aller de l’avant.

Diogène : On veut être le carrefour de connaissances culturelles et professionnelles de la communauté afro caribéenne à Montréal. Si quelqu’un veut en connaître plus sur sa culture et réseauter avec des professionnels, Karibu Montréal contribue fortement à cela. On est sûr que c’est par le culturel et le professionnel qu’on va briser nos chaines mentales pour recommencer à collaborer entre nous et reprendre la place qui est la nôtre sur cette belle planète.

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Propos recueillis par Neps

Posted on: 14 juin 2017La rédaction

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