« Notre beauté est devenue aussi notre richesse »

« Notre beauté est devenue aussi notre richesse »

Entrevue de Abisara Machold, fondatrice du spa de boucles Inhairitance et du rdv beauté Natural Hair Congress Canada.

Avant de venir s’installer à Montréal fin 2009, Abisara Machold qui est diplômée d’un master en communication et en sciences politiques, a d’abord travaillé plusieurs années en Allemagne comme coordinatrice d’un projet européen sur les questions de la diversité, l’identité et du racisme.

Faute de trouver un emploi dans son domaine d’études, elle décide alors de se lancer en affaires dans un domaine qui la passionne, la beauté. Elle saisit ainsi l’occasion de répondre à un propre besoin, en proposant des soins naturels pour cheveux bouclés. Ainsi, elle investit 3000 dollars pour ouvrir son premier salon de coiffure en 2011, un petit espace qui connaît un succès rapide.

Aujourd’hui, Abisara Machold  a ouvert deux grands salons de beauté à Montréal et créé Natural Hair Congress Canada (NHCC), le premier événement entièrement dédié au soins naturels pour cheveux bouclés. D’autres grands projets seront aussi concrétisés cette année : l’organisation de la deuxième édition de NHCC début juin, le lancement d’une boutique en ligne en juillet ainsi que sa propre gamme de soins capillaires, l’ouverture d’un troisième salon en Martinique fin octobre, et enfin, le lancement d’une école de formation en ligne spécialisée sur les soins des boucles.

Quelles évolutions constates-tu en terme de beauté depuis ton arrivée à Montréal?

Les évolutions sont énormes ! Quand je suis arrivée fin 2009, il n’ y avait presque pas de gens qui avaient les cheveux naturels. Et en quelques années les choses se sont développées, c’est devenu un mouvement. Je trouve que c’est plus accepté dans la communauté et dans la société en général. Aujourd’hui, il y a plein de gens qui portent avec fierté leurs boucles. Il y en a qui sont peut être encore dans la recherche d’astuces, de trouver quels produits sont meilleurs… Mais on ne va plus dire aujourd’hui que c’est impossible de porter ses cheveux crépus.

La communauté va plus s’assumer, se célébrer. Et ça exprime quelque chose qui est beaucoup plus profond que les cheveux. Elles sont prêtes à s’assumer elles-mêmes, comme identité, comme femmes noires, comme beautés naturelles noires. On ne laisse plus une société nous définir.

Quels progrès nous restent-ils encore à faire ?

Il est important que l’on parte en entrepreneuriat. C’est ma deuxième passion. Encourager les gens de créer une économie. Il faut prendre la responsabilité de ta vie. C’est à dire qu’on n’est pas victime. Il faut rappeler à la jeunesse qu’ils ont vraiment plein de choix et de privilèges que les générations avant eux n’ont pas eu. Et cette opportunité te demande aussi de prendre ta place. Il faut suivre ta passion,  regarder ce que tu veux amener dans notre société pour l’améliorer. C’est à dire comment on consomme, qui on soutient, qu’est ce qu’on veut partager sur les médias sociaux, comment on interagit dans notre communauté, et dans notre société. C’est notre responsabilité de le faire sagement.

Notre présence dans les médias et dans chaque secteur n’est définitivement pas suffisante. Dans le milieu de la beauté, je trouve qu’une vraie micro économie s’est développée, et qui devient de plus en plus macro. Beaucoup de femmes entrepreneures noires se sont mises dans le milieu de la beauté naturelle. C’est devenu un secteur économique, un facteur de libération et de richesse dans la communauté noire, de produire ses produits. Et je vois avec Inhairitance par exemple, on a 90% de marques qui sont black owned.

Encourager les entreprises familiales, afro-caribéennes et dirigées par des femmes fait donc partie de l’identité d’Inhairitance ?

Oui, ça fait partie de notre mission ! Notre beauté est devenue aussi notre richesse. Quand tu rentres chez Inhairitance, tu soutiens avec ton dollar pas seulement un produit qui est bien pour ton corps ou pour la planète, mais aussi une autre famille noire de ta communauté. Je trouve que c’est un exemple très simple et très direct de voir comment tu peux effectuer un vrai changement.

Moi par exemple, je supporte plus de vingt marques pour lesquels je suis le principal buyer. J’ai un staff de 12 personnes qui va être augmenter à 18 personnes.  C’est donc 18  familles que tu fais vivre. On voit que les conséquences sont très économiques et réelles. C’est ça qui donne l’inspiration et la force d’avancer quand il y a des difficultés, des obstacles.

Est ce-que que vous allez aborder ces thématiques lors de la prochaine édition de Natural Hair Congress Canada ?

Oui ! Nos boucles sont un exemple de notre identité, mais il y a tellement d’autres sujets qui nous touchent, qui sont inspirants et importants pour nous. Comme par exemple l’entrepreneuriat, la relation de couple et la dynamique du pouvoir. Je crois qu’on doit regarder comment on peut s’unir, former une équipe. Et ça commence avec la compréhension. Je crois que beaucoup d’hommes ne sont pas au courant de ce qu’on vit, de comment le racisme et le sexisme ensemble, peuvent se manifester dans la vie d’une femme noire.

Quand on parle de l’entrepreneuriat, les challenges dans la société québécoise ne sont pas à négliger en tant que femme, noire, immigrante et peut être pas francophone. Il y a beaucoup de clichés et je pense qu’il est important qu’on ouvre ce dialogue entre femmes et hommes noirs.

Quels seront les autres temps forts et nouveauté de NHCC 2017?

Il y aura des ateliers sur les soins des cheveux, sur les produits, sur l’entrepreneuriat. Inhairtance va présenter son Hair Show samedi. Il y aura une compétition de Hairstylists naturels et une Barber compétition. Il y aura tout un panel sur la diversité des boucles (femmes juives, femmes arabes et maghrébines, femmes noires et femmes blanches). On essaie de regarder les challenges similaires et différents, et de voir en tant que Curly girls ou Natural girls comment on peut se soutenir.

Le dimanche est plus dédié aux familles et aux enfants. On veut donner plus d’informations aux parents pour savoir comment prendre soin des cheveux de leurs enfants. Il y a aura un Hair Show d’enfants orphélins, des adolescents qui ont été délaissés par leurs familles et placés. Chaque enfant qui va défiler va donner un certificat cadeau à un autre adolescent qui en a besoin. C’est important car on oublie qu’ils n’ont pas l’argent pour acheter des produits naturels. Il faut créer une conscience car ces enfants sont nos enfants. Il faut aussi qu’on prenne nos responsabilités.

Propos recueillis par Neps

Natural Hair Congress Canada se tiendra les 3 et 4 juin 2017 au Loft Hotel situé 314 Sherbrooke Est à Montréal. Billetterie et plus d’infos sur http://naturalhaircongress.com

 

Posted on: 28 mai 2017La rédaction

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