La PMA pour une vie à tout prix

La PMA pour une vie à tout prix

« On pourrait faire un bébé, P’tit bébé  » comme le chantent si bien François Feldman et Joniece Jamison, aux senteurs magiques de l’amour qui fleurent bon la douceur et la sensualité. Quoique de plus logique que de vouloir concrétiser une union épanouie et heureuse par le Bonheur de la parentalité! Une fois, le processus « Baby-Making » programmé, ce désir à deux à vouloir son petit bout, devient le plongeon vers l’inconnu pour la réalisation d’un chef-d’œuvre de couple.

Si pour certaines femmes, le fait de tomber enceinte est spontané, pour d’autres, la quête de la maternité devient la quête du Graal au travers d’une grossesse qui se fait attendre. Concevoir un enfant peut prendre du temps et ne se fait point sur commande. Après plusieurs mois d’attente ou même d’années pour certains couples, la PMA, la Procréation Médicalement Assistée peut aider certains d’entre eux.

Pour BILOA MAGAZINE, SOPHIA LUREL, gynécologue-obstétricien depuis 2003, et qui pratique la PMA depuis 2007, à l’ouverture du centre au CHU De Pointe à Pitre, nous en dit plus à ce sujet.

Qu’appelle-t-on PMA et en quoi cela consiste-elle?

C’est un ensemble de techniques, qui permettent la fécondation, la rencontre entre deux gamètes, le gamète féminin, l’ovule et le sperme, le gamète masculin. La définition même de la PMA, est l’insémination intra-utérine, la fécondation in-vitro classique et la fécondation-in vitro avec ICSI, qui est l’injection du spermatozoïde directement dans la cavité ovocytaire.

Peut-on donc dire que la PMA aide la Nature à suivre son cours, quand celle-ci n’y parvient pas?

La Procréation médicalement assistée peut aider mais ne se substitue pas à la Nature. J’ai des patientes dont l’infertilité n’est pas forcément pathologique, que l’on appelle l’infertilité inexpliquée. La PMA ne fait pas mieux que la Nature. Certains de mes patients ont des vrais problèmes d’infertilité, pour qui la PMA peut ne pas aboutir à la naissance d’un enfant vivant. Ce n’est pas une garantie à 100% !

Quels sont les taux de réussite?

Les meilleurs taux sont entre 35 et 45%. On parle de réussite d’une technique d’assistance à procréation, lorsque cela donne naissance à un enfant en bonne santé. C’est un parcours difficile à la fois pour le couple et les professionnels.

Quand un jeune couple consulte, vient-il avec une réelle angoisse ou un réel espoir?

Les deux! Ce sont souvent des couples, qui ont des profils psychologiques particuliers. Ils sont très demandeurs parce qu’ils ont beaucoup d’espoir, c’est pourquoi il faut vraiment recadrer les choses. Et la déception est d’autant plus grande, que parfois cela n’aboutit pas forcément à un bébé. Mais c’est aussi mêlé d’espoir parce qu’on va les prendre en charge. Psychologiquement, ce sont des couples qui sont extrêmement fragiles. Il faut qu’ils soient très soudés car parfois, des couples ne tiennent pas car la pression est trop grande!

Qui, actuellement, peut avoir recours à la PMA?

Actuellement, tout couple avec un projet d’enfant et en âge de procréer, peut être pris en charge. Le temps que la loi soit votée, car cela va être élargi aux couples femmes homosexuelles. L’obligation de vie commune a été retirée depuis juillet 2011. On n’a pas le droit de prendre en charge, un couple qui divorce ou un couple marié mais séparé.

A quel moment après avoir décidé de concevoir un enfant, est-il possible de consulter?

La définition de l’infertilité est l’absence de grossesse au-delà de 2 ans avec des rapports réguliers sans contraception. Je vais mettre un bémol, à partir de 35 ans, dès que la patiente consulte, au-delà de 6 mois, il faut tout de même faire un bilan pour voir si elle n’est pas en insuffisance ovarienne. Deux ans est le délai d’infertilité pour que l’on puisse prendre en charge, sauf si on a mis en évidence avec son médecin, qu’il y a une indication d’infertilité. Bien souvent, les couples viennent d’eux-mêmes mais peuvent être orientés par leur médecin traitant, par le gynécologue de ville. Des couples viennent parce qu’ils sont inquiets et font le bilan complet ici.

Lors d’une première consultation, comment s’oriente l’entretien?

C’est une consultation extrêmement longue d’au moins une heure, basée sur un interrogatoire rigoureux avec tous les antécédents personnels du couple, à la recherche d’une origine de leur infertilité mais aussi tous les antécédents familiaux. Des pathologies familiales peuvent engendrer des infertilités chez la femme ou chez l’homme. A l’issue de cette consultation, quand le bilan n’a pas été fait au préalable, on va donner un bilan complet d’exploration des organes chez la femme et chez l’homme. On parle également de l’aspect légal de la PMA, avec le consentement remis au couple, à ramener après un délai de réflexion d’au moins un mois. Ce sont des formulaires d’information où il y a l’attestation, selon laquelle le couple a bien compris les différentes étapes de la PMA et selon laquelle il confirme l’aide.

Pour les couples, qui consultent, n’est-ce pas leur dernier espoir?  

Ils ont parfois du mal à venir. Ils mettent tout leur espoir dans la PMA!

Quels sont tests sanitaires auxquels sont soumis la femme et l’homme?

Il y a des examens obligatoires à faire avant toute prise en charge en PMA. Comme la sérologie, les hépatites B, C, la sérologie syphilis,  la sérologie HIV, la sérologie HTLV1, qui est un virus qui vit dans le bassin caribéen, la toxoplasmose,la rubéole et le Zika.

La PMA est un long processus en soi. En fonction des résultats des examens, quelles sont les différentes prises en charges qui sont proposées?

La première, l’insémination intra-utérine peut être proposée quand il y a une infertilité idiopathique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de cause retrouvée, de petites anomalies spermatiques ou des troubles de l’ovulation. On va inséminer le sperme de l’homme, de bonne qualité au niveau de l’utérus. Pour cela les trompes doivent être excellentes mais la patiente peut présenter des difficultés ovulatoires. On va pratiquer une stimulation ovarienne, par traitement hormonal.

Une fécondation in-vitro est proposée lorsque les trompes sont bouchées. On pratique également une stimulation ovarienne avec un suivi et des doses plus fortes, suivi échographique, biologique. Elle va ensuite être ponctionnée au bloc opératoire pour récupérer ses ovocytes mis en rapport avec les spermatozoïdes de l’homme.

La dernière technique, l’ICSI (injection intra cytoplasmique de spermatozoïde, technique de fécondation in vitro (FIV), en cas d’infertilité masculine. Le spermatozoïde est introduit dans l’ovocyte.

Quelles sont les causes d’un éventuel échec d’une PMA?

L’âge, la mauvaise qualité des embryons, un blocage psychologique, le mauvais climat utérin (les fibromes, l’adénomyose), les maladies immunologiques.Ce que je voudrais adresser comme message, c’est qu’un couple jeune qui essaie depuis 1 an et demi, ne pas tarder à consulter, ne serait-ce que commencer par son médecin traitant déjà.

Le premier critère d’échec est l’âge avancé de la patiente. On ne peut pas faire de miracle. Si une patiente arrive à 41 ans pour une première grossesse, on aura des embryons en rapport avec son âge. Il est vrai que l’on est dans des mœurs de population mais ne pas trop tarder à faire son premier enfant! Malheureusement, nous avons des facteurs environnementaux, des perturbateurs endocriniens que l’on ne maitrise pas et qui entraînent chez les jeunes femmes, de véritables insuffisances ovariennes prématurées. Et quand elles arrivent comme cela même en parcours de PMA, on ne peut pas faire de miracle!

Après 35 ans, il y a un vrai déclin de la fertilité. C’est pour cela que se pose la question de la cryoconservation ovocytaire (congélation d’ovocytes). Cela va se faire de plus en plus. Il faut en parler à son médecin et ne pas rester isolé en se disant que cela va venir. Passé 35 ans, une patiente qui a un désir d’enfant, si au bout de 6 mois, rien ne se passe, en parler à son médecin afin de prescrire le premier bilan pour être sûre qu’il n’y ait pas de problème d’infertilité.

Comment le corps médical aborde le problème d’un échec d’une PMA auprès du couple, après plusieurs tentatives?

Ce n’est pas facile à annoncer. Si ce n’est pas la première tentative, on propose une seconde tentative. Mais si c’est la quatrième tentative, ce n’est pas facile dire qu’il faut s’orienter vers un don d’ovocytes ou l’adoption. Les patientes sont préparées au fur et à mesure des différents échecs de tentatives, à ce que cela ne fonctionne pas.

Entre chaque tentative, combien de temps faut-il compter pour en tenter une prochaine?

Cela dépend des centres, du fonctionnement de chaque centre. L’idéal aurait été qu’elle soit reprise dans les 3 mois. A notre niveau, il faut compter 6 mois. Le délai est plus long, parce qu’on est moins nombreux, et aussi parce que nous avons dû faire face à l’épidémie du Zika.

Depuis la généralisation de la PMA, y-a-t-il eu une évolution dans les mentalités, par rapport au fait qu’il y a encore quelques années, on parlait de « Bébé Eprouvette », concernant l’insémination artificielle?

On a dépassé ce stade, fort heureusement! C’est une grossesse, c’est un bébé. Les couples viennent beaucoup plus facilement et ils ont beaucoup plus de facilités à parler de leur infertilité. Il y a des groupes de paroles, ils rencontrent des patientes, ils se rendent comptent qu’ils ne sont pas seuls face à cette injustice, on va dire.

Quel est le taux de chances de grossesse pour une FIV conventionnelle ou dite classique?

35% dans les bonnes équipes.

Peut-on dire qu’en Guadeloupe, un couple ayant des problèmes d’infertilité, se livre volontiers à des confidences aux proches?

On hésite à en parler car cela touche l’intimité et le reflet de la maternité. C’est un mécanisme complexe. En Guadeloupe, la famille n’est pas vraiment impliquée, et tant mieux d’ailleurs! On est dans une société où ne pas pouvoir avoir d’enfant au bout d’un an, ce n’est pas normal. Le poids familial en Guadeloupe est particulier!

Propos recueillis par Ghislaine FEREC

Crédit Photo : Ghislaine FEREC

Publié le: 1 février 2018Ghislaine FEREC

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