STEVY MAHY: S’aimer pour mieux donner

STEVY MAHY: S’aimer pour mieux donner

STEVY MAHY: S'aimer pour mieux donner

Une artiste autodidacte aux mille flagrances, authentique, qui livre sa voix langoureuse, chaude, suave, mélodieuse et sensuelle, à la Vie.

L’expression de la féminité dans toute sa candeur, sa fragilité, sa douceur et sa Force. Son opus RENAISSANCE WOMAN?  Une subtile compilation de  mélodies mélancoliques et de paroles d’amour aux sonorités folk et créoles, chantées tantôt en anglais, en français ou en créole. Un voyage enivrant, exquis, dans lequel on se délecte secrètement et égoïstement pour en ressortir plus VRAIE ET ACCOMPLIE! 

Au travers de chacune de ses chansons, on se sent véritablement pleinement FEMME et fière de l’être. On s’en imprègne et on y goûte chaque parole. Un album, qui donne envie de vivre profondément le même parcours que Stevy Mahy, une véritable reine accomplie, zen, libre. Un guide de vie pour les femmes dans la douceur de l’Amour. Telles deux mains qui se lient et s’ouvrent à la Vie, rejoignons cette artiste d’exception, qui se livre, ouvre son cœur de femme pour les lecteurs de BILOA, en toute sincérité, sans retenue mais avec pudeur.

Stevy Mahy, tu es une artiste Folk Trilingue (Anglais, Français et Créole) originaire de la Guadeloupe. Parles-moi de ton parcours de femme artiste.

C’est d’abord un parcours de femme. Mon art a évolué en même temps que moi. Ma prise de conscience de ce que j’étais en tant que femme, de ce que j’avais envie d’être, de mes difficultés d’acceptation. Mon parcours d’artiste a vraiment été la résultante de ma prise de conscience. C’est d’abord la femme, qui propose une œuvre artistique parce que mon statut de femme m’a poussé à   beaucoup d’interrogations, beaucoup d’introspections. Mon parcours de femme artiste est une personne décidée à se comprendre et de comprendre l’environnement dans lequel elle évolue.

Comment toi, tu te définis en tant que femme?

Je dirais que Stevy Mahy est complexe et ambivalente, en paix avec sa complexité et son ambivalence.

Et comment se traduit cette complexité?

Déjà, de par ma vie, mes origines, le lieu où je vis, d’être une femme afro-descendante caribéenne guadeloupéenne. A la base, c’est déjà être complexe, c’est grandir dans une compréhension de soi, qui est compliqué, parce qu’on est des Français de la Caraïbe. On est d’ici et d’ailleurs en même temps, on a une histoire complexe et cela fait de nous des femmes complexes. La créolité est empreinte de complexité. C’est la première chose, qui me définit. Ambivalente parce que j’essaie de trouver une balance. Je me rends bien compte de mes hésitations. Je suis en perpétuelle construction car rien n’est établi. J’ai accepté le fait que je sois multiple.

Pourquoi ce besoin de chanter aussi bien en français, qu’en anglais, qu’en créole?

Quand je pense mes mélodies, je ne pense pas la langue. Cela me vient naturellement. Dans mon processus de réception de mes mélodies et de mes airs, la mélodie me vient avec les paroles. Je sais que cela va être en anglais, que cette partie va être en créole. Ce n’est pas une décision que je prends. En même temps, j’ai vécu aux Etats-Unis, en Floride, quelque temps à Londres, à Montréal aussi, donc dans des endroits où ces langues étaient très présentes et on arrivait à switcher d’une langue à l’autre facilement, sans se poser de questions. C’est un phénomène naturel.

Qu’est-ce qui a guidé tes pas vers Montréal?

Je voulais trouver ce que j’aimais aux Etats-Unis. Montréal est un bon confluent entre les Etats-Unis et l’Europe. J’aime beaucoup le multiculturalisme de Montréal. Il y a une espèce de douceur de vivre, un peu européenne avec le côté un peu « busi » américain. C’est un super beau compromis, l’endroit est  étonnant. Je trouve que les gens ont une facilité d’approche, une facilité d’écoute, que l’on ne trouve pas forcément ailleurs. C’est une francophonie aussi, que je trouve décomplexée. Je n’ai pas l’habitude de ça car en tant que créole avec notre histoire liée à la francophonie, on a une histoire un peu compliquée. On s’est senti un peu volé notre véritable langue et de se retrouver face à des gens, qui eux  revendiquent cette francophonie, c’est un peu troublant et intéressant de voir les différentes approches des Canadiens pour la culture. A part le très grand froid, je trouve que c’est un endroit vraiment extraordinaire! Je compte y retourner, peut-être pas y vivre mais c’est toujours agréable d’y retourner!

Tu as eu un début atypique. Ayant des parents chanteurs et musiciens, tu as très jeune découvert l’univers des studios. Et dès 9 ans, tu fais tes premiers enregistrements avec ta maman. La musique pour toi était une évidence. Dis-moi en plus à ce propos.

Ma mère s’appelle Gustavie Cham et mon père, qui est décédé André Mahy. Ma mère chante encore, mon père était chanteur-musicien. De ce fait, le regard que je porte à la musique est particulier parce que très familier, tellement familier que dans mon parcours musical, j’ai moins eu cette envie, ce besoin de faire des preuves, de conquérir quelque chose parce que ce n’était pas quelque chose d’étranger mais de familier. Cela a façonné toute ma façon de composer et d’écrire sans pression, sans me demander comment l’autre aller accepter ma musique. C’est un travail d’introspection  sans essayer de calquer des choses qui sont déjà faîtes ou de me conformer à une vague musicale. La proximité et la familiarité rend ceci naturel, donc plus facile, avec moins de peur. Je n’ai pas grandi en me disant, qu’il fallait que je sois chanteuse. C’est quelque chose qui coule.

STEVY MAHY: S'aimer pour mieux donnerTu es née à Paris. Qu’est-ce qui t’a motivée à revenir en Guadeloupe?

J’avais envie de voir ce que cela faisait de se sentir dans une famille. C’est la sensation, que j’ai quand je suis en Guadeloupe. Il y a une espèce de proximité, que je trouve intéressante. C’est la Caraïbe! Et qui n’a pas envie d’être dans sa vie en Caraïbe?  J’avais envie de rencontrer l’énergie de ce pays, sa qualité de vie et sa douceur.

Tu es une femme de voyages. Parles-nous de toutes les belles rencontres, qui ont parsemé ta route (Victor’O, Joel Jaccoulet)? Et quel déclic cela a produit dans ta carrière?

Avant de rencontrer Victor’O, je faisais des petites maquettes sans être sûre de faire vraiment un album. J’aimais faire de petites chansons mais je n’étais pas convaincue de devoir faire le pas, faire un disque. Quand j’ai rencontré Victor’O, j’ai beaucoup aimé son univers musical, la personne, l’artiste. On est vite devenu amis. Quand il m’a proposé de chanter sur une de ses chansons de son album, c’est tout naturellement que je l’ai fait! Quand j’ai enregistré ce titre avec lui, il m’a présenté son producteur, Joel Jaccoulet. Je ne me suis pas dit que j’allais faire des chansons avec lui. Le lendemain, après l’enregistrement de la chanson de Victor, il était là avec sa guitare et j’ai commencé à chanter. On a alors composé « Thinking about you », « San vou », « Beautiful » et tout s’est enchaîné très naturellement. Je n’ai pas eu la sensation de rencontrer un producteur mais quelqu’un qui comprenait ma musique, avec qui j’avais une affinité musicale fluide. Le plaisir de faire de la musique ensemble a supplanté le besoin de savoir si j’avais envie de sortir un album ou non.

Parles-nous de ton album RENAISSANCE WOMAN? On peut dire qu’il y a 4 saisons dans cet album (deuil, déni, lâcher-prise, éveil). Dans quelles conditions, as-tu écrit cet album et quelles ont été tes sources d’inspiration pour l’écrire? C’est une sorte d’introspection, qui t’a donné envie de t’aimer, en quelque sorte?

J’ai écrit cet album quand je suis partie m’installer à Miami. J’avais envie de vivre autre chose, de me recréer. J’ai toujours envie de partir, de rencontrer des gens. Je suis très curieuse de la vie et j’ai une espèce d’urgence de vie. Après avoir fait mon premier album, qui m’a laissée beaucoup dans la Caraïbe, j’ai eu besoin d’autre chose. Miami était un bon compromis: c’était aux Etats-Unis avec le côté caribéen dans sa population, sa proximité. J’aimais l’idée d’aller fouiller en profondeur. Ma façon de composer a été différente étant plus livrée à moi-même. Je ne l’ai pas pensé en tant qu’album RENAISSANCE WOMAN. C’est une fois l’album écrit, que je me suis rendu compte, qu’il y avait des cycles du changement. C’était ce que j’étais en train de vivre. J’ai vécu une espèce d’ascenseur émotionnel avec mes rencontres, mes désillusions, mes espoirs, mes doutes mais aussi la rencontre avec moi-même. Se mettre à l’écart, à un moment donné, on se retrouve avec soi. C’est une fois l’album terminé, que je me suis rendue compte du cycle du changement, que je vivais personnellement, je l’avais retranscrit artistiquement. J’ai eu envie de partager les clés, que j’avais trouvées. J’ai eu envie de partager et d’emphaser sur le fait que tout est changement. Même si on l’oublie, les choses changent. Ce qui nous paraît très sombre, il y a de fortes chances pour que cela change. A ce moment-là dans ma vie, c’était important pour moi, de le souligner et de le dire artistiquement.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’aimer?

Je n’avais pas conscience que je n’aimais pas assez. Un jour, chez moi à Miami, j’ai eu une espèce de flash où j’ai vu beaucoup de scènes blessantes de ma vie. A ce moment-là, j’ai pu être l’observant et l’observée. J’ai eu une espèce de vision de moi-même. Je me suis vue avec mes interactions avec les gens et j’ai compris que le problème, n’était pas les autres mais que c’était moi, qui permettais à l’autre de me traiter ainsi. J’ai compris que je devais revenir à moi, de me pardonner de mettre laisser tomber. Je me suis alors apprivoisée, charmée. J’ai fait comme lorsque j’étais amoureuse ‘un homme, que je courtisais. J’ai pris du temps pour moi. J’ai commencé à prendre soin de moi, à manger différemment, à me faire vraiment plaisir, à prendre plaisir à ma propre compagnie. J’ai compris que je n’avais pas besoin de m’en vouloir car je n’avais commis aucune faute, que j’avais fait avec les moyens que j’avais, avec mon entendement du moment. J’ai fait la paix avec moi-même, je ne m’en veux plus. Tout mon cheminement m’a amené là où je suis en tant que femme. Je me parle aussi! Je me suis regardée dans le miroir et je me disais que je m’aimais. C’est très bizarre au début de se regarder et de se dire « Je t’aime »! Il y a une gêne, quelque chose qui cloche et je l’ai fait jusqu’à cela ne me gêne plus! Regarder mon corps entièrement et dire à chacun de mes membres que les aime, d’aimer ma cellulite, mes bourrelets. De remercier mon corps d’être en bonne santé, de me tenir en vie! De comprendre que j’ai un corps extraordinaire. Tout comme quand mon corps a mal, j’essaie de comprendre ce qu’il veut me dire.

Cet album est un guide de vie pour les femmes, en fait? Pourquoi le choix de l’autoproduction de l’album RENAISSANCE WOMAN? Tu as créé ta propre société de production musicale pour pérenniser ton art et entrer dans l’industrie de la musique. Cela vient-il du fait que tu es une femme à l’esprit libre, indépendante et entrepreneuse?

L’entreprenariat féminin est quelque chose qui me tient vraiment à cœur! A capacité égale, formation égale, la femme va être moins encline à entreprendre, dont la principale raison est un manque d’estime de soi. Ma volonté à l’entreprenariat a toujours été présente. Ce que je peux faire moi-même, il y a de très fortes chances que je le fasse, moi! Cela fait partie de mon urgence de vie, d’essayer, de m’expérimenter. RENAISSANE WOMAN, n’est pas seulement que la femme renaissante. En anglais, Renaissance Woman fait écho aux femmes de la période de la Renaissance, qui étaient des femmes polymathes pendant l’avènement de ces femmes artistes, qui faisaient plusieurs choses. Et j’aimais l’idée d pouvoir m’accomplir dans plusieurs domaines sans en rougir. Il n’est pas dans la culture française de pouvoir faire plusieurs choses en même temps. Dans RENAISSANCE WOMAN, il y a aussi le message de ne pas avoir peur de faire ce qu’elles ont envie de faire! Le fait d’être passée de l’idéalisation à la création, la création est pour moi, une réussite!

Qu’est-ce te guide pour écrire d’aussi belles chansons d’amour? Est-ce que tes histoires d’amour ou de peines de cœur t’ont guidé pour créer d’aussi belles chansons?

Tout ce que je chante est ce que j’ai vécu, ma compréhension de l’amour. En fait, on s’expérimente par contraste! Ce qui est intéressant dans la vie, c’est que les peines ne sont qu’une question de vision. Finalement, ce que l’on considère comme une peine, nous permet d’apprendre autre chose. Dans mes chansons, quand je parle de mes souffrances, je ne reste jamais sur l’état de souffrance. De mes peines, j’ai compris autre chose. Quand je chante « Sans Vous »,  je dis que je partirai même si cela me fait mal! Même si la vie a un autre goût, elle est juste différente. Mes chansons sont une thérapie pour moi-même.

Pourquoi cette mélodie mélancolique dans tes chansons?

Quand je suis très UP, je n’ai pas grand-chose à dire, artistiquement. Quand j’écris et que je compose, je suis en introspection. Cela implique de la pudeur, de la douceur. Cela crée un moi suspendu et de silence. Je suis plus sensible aux notes mélancoliques, aux notes mineures.

Quel message, aimerais-tu transmettre aux femmes d’aujourd’hui?

Je leur dirai qu’il faut que l’on sorte de l’époque méchianique, dans le sens que l’on est en attente que l’on vienne nous sauver, nous aimer, nous protéger, nous guider … Il est temps de comprendre que l’on a en nous des ressources. Il est temps que l’on récupère notre bonheur! D’arrêter de laisser notre bonheur entre les mains des autres. Je pense à ces femmes, qui devraient récupérer leur couronne, qui traîne par terre et qu’elles se couronnent elles-mêmes. Faire un pas vers soi, nous rapproche de l’autre. Je vais dire quelque chose de très cliché: « Quand on s’aime mieux, on aime mieux l’autre »

A l’heure d’aujourd’hui, as-tu réalisé ton rêve?

Vivre est un rêve éveillé! J’ai des choses que j’ai envie de réaliser. Mon rêve, je le vis déjà car je suis en vie!  Par exemple, faire un album n’était pas un rêve mais une envie! Les choses que j’entreprends sont des envies.

Crois-tu au destin?

On a des cartes en main et les possibilités sont infinies. On peut changer de jeu à l’instant.

Ton actualité en ce moment?

Je suis en train de finir mon livre RENAISSANCE WOMAN, le journal intime d’une renaissance. Je pense qu’il sera disponible au mois de décembre. Il raconte mon parcours, mon questionnement. Je l’ai écrit sur un an et demi, 2 ans. Cela est parti lors de mon flash. Quand ce moment est arrivé, j’ai été très troublée et j’ai pleuré. J’ai eu mal et honte de moi. Je me suis allongée et j’ai eu une discussion avec moi-même. Ce que j’ai écrit sont ces interrogations. Mes réponses sont dans l’amour, très détachées. En relisant ce que j’écris, cela me soulage. Je veux le sortir en autoédition. A plus court terme, j’ai un spectacle vivant le 17 novembre au Memorial Acte, en Guadeloupe, où j’interroge la figure emblématique fantasmée, qu’est la mulâtresse Solitude et quelles sont les répercussions pour la femme et l’homme dans notre société contemporaine. J’aimerais aussi le présenté en Haïti.  Et je reprends également le chemin de la composition, j’ai de nouvelles inspirations de chansons!

Propos recueillis par Ghislaine FEREC

Crédits Photos: Ghislaine FEREC

Publié le: 9 octobre 2017La rédaction

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