Arnaud Segla, spécialiste des questions liées à l’entrepreneuriat ethnique

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Article mis à jour le 2 avril 2021

Qu’est ce que l’entrepreneuriat ethnique ? A quelles problématiques ce concept renvoie-t-il ? Qui sont les entrepreneurs ethniques ? Pour le savoir, nous avons interrogé  Arnaud Segla, spécialiste de la question et auteur du blog Entrepreneurethnik.com. (Article en deux parties) 

Biloa Magazine : Pouvez-vous vous présenter ? 

Arnaud Segla : Je suis consultant, entrepreneur, blogueur, artiste et écrivain. Mon parcours est celui d’une partie de la génération née pendant la période du monopartisme en Afrique et qui ont été pris dans le commerce triangulaire de la connaissance Afrique-Europe-Amérique. 

Je suis né au Bénin. J’ai grandi au Gabon où j’ai effectué mes études primaires et secondaires. Puis j’ai poursuivi en France des études universitaires de deuxième cycle en science et technique et de troisième cycle en gestion.

Enfin, j’ai immigré au Canada et plus précisément au Québec pour y accomplir une carrière professionnelle en participant au cortège des diasporas économiques. Le défi à mon arrivée a été d’être conforme aux trois exigences tacites d’intégration au marché de l’emploi de la terre d’accueil qui sont la maîtrise de la langue anglaise, une formation locale et une expérience professionnelle locale.

L’avenir, je le vois en tant que contributeur à l’économie de l’Afrique notamment avec ma compagnie THE WISEMEN COUNCIL dont je suis le gérant, consultant principal et spécialiste des questions d’entrepreneuriat ethnique.

Biloa Magazine : Nous avons découvert vos services à travers votre blog Entrepreneurethnik.com, pouvez-vous nous donner votre définition de l’entrepreneuriat ethnique ?

Arnaud Segla : L’entrepreneuriat ethnique est un phénomène essentiellement urbain et, qui plus est, lié à l’immigration pour raison économique. De fait, il est surtout présent dans les métropoles qui reçoivent ces flux de main-d’œuvre. Ces écosystèmes impliquent des conditions d’intégration via l’accès à la suffisance de revenus, base des besoins des individus, en leur permettant d’exercer un emploi ou une activité commerciale. Lorsque des barrières à la suffisance de revenus apparaissent, l’individu migrant a tendance à se replier sur sa communauté de référence pour bâtir son indépendance financière.

L’entrepreneuriat ethnique se développe aussi en réponse au besoin de la communauté de retrouver un certain nombre de produits ou services qui maintiennent son identité dans le pays d’accueil. L’entrepreneuriat ethnique est donc l’exercice d’une activité économique pour garantir une suffisance de revenu à l’individu et à son ménage ainsi que pour maintenir le patrimoine ethnique d’une communauté de soutien présente en diaspora dans un centre urbain. C’est ma définition de l’entrepreneuriat ethnique.

Biloa Magazine : Pourquoi développer un tel concept, en quoi l’entrepreneuriat ethnique diffère-t-il de l’entrepreneuriat classique ? Quelles sont ces particularités ?

Arnaud Segla : Un tel concept fait l’objet de nombreuses recherches dans les pays qui reçoivent des flux migratoires. J’emboite le pas à cette dynamique en assurant un support de références aux personnes concernées par ce phénomène. Ma démarche se situe donc à deux niveaux à savoir habiliter les entrepreneurs ethniques en outils, méthodes et approches pour être performants et aussi en sensibilisant les différentes populations à accueillir ce phénomène.

L’entrepreneuriat classique s’exerce lorsque les conditions d’accès aux ressources quel qu’elles soient ne présentent pas d’asymétries ou sont égales pour toutes les personnes voulant se lancer en affaires. L’impact des politiques économiques en réponse aux différentes conjonctures et cycles économiques ne permettent pas d’avoir cette situation idéale et donne donc naissance à des barrières et par conséquence à l’entrepreneuriat ethnique.

L’entrepreneuriat ethnique se caractérise, entre autre, par son faible poids économique car il concerne des minorités présentes sur la terre d’accueil, le caractère informel de son exercice en lien avec les habitudes culturelles de la communauté et son adaptabilité aux conditions économiques en offrant à l’entrepreneur de moduler le temps consacré aux affaires ou à une autre activité rémunératrice. Mon désir est de voir de plus en plus de ces entreprises ethniques rejoindre l’entrepreneuriat classique une fois qu’elles ont consolidé l’accès aux ressources qui leur faisait défaut initialement.

Biloa Magazine : D’après des études que vous citez dans votre article “Qu’est-ce que l’entrepreneuriat ethnique?“, les entrepreneurs immigrés ou d’origine immigrée saisissent souvent l’opportunité de créer leur entreprise lorsqu’ils n’ont pas accès à un emploi régulier ou pour combler un de leur besoin non satisfait sur le marché. Ce sont là les seules motivations ou raisons ?

Arnaud Segla : Les motivations principales restent effectivement autour de l’insatisfaction et de la révolte face à une situation financière non viable. Dans le cas des insatisfactions professionnelles, ceux qui ne choisissent pas la voie de la « mise en conformité », je le mets vraiment entre griffe, par le supplément de formation, choisissent l’alternative du travail autonome ou de l’exercice commercial.

Le déclencheur le plus fréquent est l’urgence des situations financières car pour immigrer on a investi et on s’est souvent endetté en espérant s’établir sans grande difficulté à l’image des données incitatives fournies. Certains sont également pris dans le changement de leur statut d’étudiant à professionnel et doivent trouver des sources de revenus pendant l’étude de leur situation par les administrations compétentes.

Enfin des entrepreneurs saisissent l’opportunité de développer des activités à destination des communautés ethniques pour combler des besoins de celles-ci mais cela reste le plus souvent le résultat de la mise en œuvre d’une démarche d’entrepreneuriat classique. La communauté est alors vue comme un segment de marché et non comme un soutien de référence. Les motivations et raisons qui poussent à l’entrepreneuriat ethnique restent donc jusqu’ici très réactives face aux pièges de l’immigration. On peut aussi espérer que, de façon proactive, le choix se porte vers ce type d’économie lorsqu’elle aura suffisamment démontré sa raison d’être en marge du renforcement des flux de migration économique avec la création du besoin en actifs par le départ des « baby-boomers ».

Suite et fin de l’interview>