Binta Diallo veut briser le tabou de l’excision

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Installée aujourd’hui en Guinée après avoir suivi des études en information et communication à La Sorbonne Nouvelle à Paris, Binta Diallo, 25 ans, fait parler d’elle sur Change.org, le site très en vogue de pétitions en ligne. En un mois, son engagement contre l’excision a recueilli plus de 100 000 signatures. Elle demande à la ministre de l’Education d’inclure le sujet de l’excision dans le plan national de sensibilisation aux violences faites aux femmes qui est dispensé dans les établissements scolaires.

Qu’est-ce qui a déclenché votre envie de vous battre contre l’excision ?

Depuis toute petite, je savais que l’excision se pratiquait et que ce n’était pas normal. Je suis issue d’un milieu où on excise les petites filles depuis toujours. Ce qui a déclenché mon envie de me battre contre l’excision, c’est un voyage en 2009 à Conakry dans ma famille. Là, l’une de mes cousines pleurait. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a dit que ses amies ne voulaient pas jouer avec elle parce qu’elle n’avait pas été excisée. J’ai pensé qu’il fallait réellement stopper cette pratique. Et changer les mentalités. J’ai très vite posé des questions, beaucoup de questions. On ne me répondait pas vraiment. On me disait juste que c’était comme ça.

Quand avez-vous réellement pris position ?

C’est un combat que je mène depuis 2011. J’avais déjà mené une campagne de sensibilisation en Guinée Conakry. Et j’avais envie de lancer une campagne pour la France. J’ai grandi avec ça. J’ai toujours su que cela se faisait et cela m’a toujours révolté. Je veux me battre contre cette pratique de manière officielle. Avant 2011, j’en parlais avec ma famille. Mais de là à me lever le matin en me disant que je vais en parler dans les médias, non. J’ai commencé à le faire de manière concrète en 2011, suite au titre de Miss Guinée-France. Chaque candidate devait mener un projet humanitaire et le mien était la lutte contre l’excision.

En Europe, on sait peu de choses sur le sujet. Que savez-vous ? Pourquoi l’excision existe ?

J’ai parlé avec des membres de ma famille, de ma communauté, d’autres communautés qui pratiquaient aussi l’excision et l’une des raisons les plus évoquées est qu’on excise les petites filles pour qu’elles soient sages et qu’elles ne s’approchent pas des garçons. En fait, l’excision, pour simplifier, c’est l’ablation partielle ou totale du clitoris. En fonction des cultures, ce sera différent. En Guinée par exemple, c’est médicalisé, on va retirer une partie du clitoris. Par contre, dans un pays comme le Mali, c’est beaucoup plus grave, on va retirer tout le clitoris. D’un pays à l’autre, la manière de le faire varie. Même si c’est une pratique qui a lieu en général en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, ça concerne aussi les ressortissantes françaises. Il y a plus de 50 000 femmes excisées en France. Je sais que dès l’époque des Pharaons, l’excision existait déjà en Egypte. La source exacte, par contre, je ne sais pas. Certains l’attribuent à la religion. D’autres vont vous dire que c’est pour purifier les petites filles. Mais la source, en fait, on ne sait pas.

Quelles sont les conséquences sur la santé des femmes excisées ?

Les conséquences de l’excision sont nombreuses et peuvent être très graves pour les victimes. Dans les pires des cas, la victime meurt. Et c’est souvent arrivé. Les femmes excisées peuvent avoir des accouchements très compliqués, certaines sont en proie à des infections tout au long de leur vie.

C’est pourquoi vous souhaitez que l’on parle de l’excision dans les écoles…

Aujourd’hui, que ce soit à l’école, dans les familles ou dans les médias, personne ne parle de l’excision. Pour éviter que ce chiffre n’augmente, il est temps d’en parler. Il est temps de sensibiliser toutes les jeunes filles aux mutilations génitales féminines. Dans de rares certaines écoles, il faut savoir qu’on parle de l’excision, notamment dans les banlieues. Moi je viens de Sevran. On en parle dans certains quartiers. J’ai des amies qui m’ont dit qu’une femme était venue pour leur en parler. Mais pourquoi dans certains quartiers. Pourquoi pas dans toute la France. Dans le monde entier, il y a des femmes qui sont violentées parce qu’elles sont des femmes. On devrait tous être conscients de cela, même étant petit. Ce combat là, je vais également le poursuivre en Guinée où je vais demander que l’on construise des petits modules où l’on parle des violences faites aux femmes.

Avez-vous réussi à toucher le Ministère de l’Education ?

Nous avons reçu une première réponse de la ministre de l’Éducation nationale le 24 avril dernier. Nous tenons à remercier Madame Najat Vallaud-Belkacem pour cette réponse détaillée qui répond à une grande partie de ce que nous espérons. Néanmoins, nous aurions aimé avoir de nouvelles propositions concernant la sensibilisation et la lutte contre l’excision en France. En effet, nous voudrions aller au-delà des campagnes de sensibilisation périodique au sein des établissements scolaires. J’ai lancé cette pétition pour ouvrir le débat sur le sujet. Il faut mobiliser les réseaux sociaux et les médias. Je ne pense pas que notre démarche constituerait un obstacle car ce que je demande n’est pas vraiment compliqué. Les violences faites aux femmes, on en parle déjà à l’école. Je demande simplement que l’on parle aussi de l’excision.

Etes-vous optimiste ?

Le problème, en France, c’est que l’on en parle des droits des femmes le 8 mars, de la lutte contre l’excision le 6 février, etc. Mais c’est dur d’en parler les autres jours de l’année. C’est comme si il s’agissait pour les médias d’événements ponctuels. Alors que des femmes excisées, il y en a tous les jours. Des femmes violentées, il y en a tous les jours.

Pensez-vous dépasser le stade des paroles ?

La France reste malgré tout un bon exemple car les victimes excisées bénéficient de la réparation qui est remboursée par la sécurité sociale. Par contre, pour dépasser le stade des paroles dans des pays comme la Guinée, ce sera beaucoup plus compliqué.

Pourquoi Change.org ?

Change.org est une plateforme qui marche énormément. Je me suis dit que c’était le bon moyen d’atteindre un maximum de personnes. Je n’ai pas de problème pour mobiliser des gens dans ma communauté. L’avantage des pétitions en ligne, c’est qu’on touche au niveau national.

Avez-vous une action parallèle ou une annonce à faire ?

Nous devons amplifier le mouvement et sensibiliser un maximum de personnes. Pour cela, nous avons lancé le 12 avril dernier le hashtag #Brisonsletabou auquel nous vous invitons à participer et à partager massivement sur vos réseaux sociaux. J’appelle toutes et tous à vous munir d’une feuille de papier, un crayon ou un feutre au choix. Inscrivez le hastag #Brisonsletabou, prenez vous en photo avec cette feuille. Postez votre photo sur votre profil facebook puis sur la page Chance et Protection pour Toutes. Idem sur Twitter. Il y a un réel élan de soutien et de solidarité qui est né autour de cette pétition. Notre but est d’alerter les politiques sur ce fléau. C’est pourquoi il est nécessaire de continuer à soutenir cette pétition et à en parler autour de vous.

Recueilli par Florian Dacheux

Pour signer la pétition :