Dada Masilo nous présente une Giselle affirmée

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Crédit photo: Rob Mills

Dada Masilo est en tournée présentement et sera de passage à Montréal à partir du 25 septembre prochain, pour nous présenter sa version de Giselle, ballet hautement romantique. Laissez-moi vous présenter la chorégraphe qui se cache derrière les mouvements envoûtants de la pièce!*

J’aimerais en savoir davantage sur ton parcours, peux-tu nous en parler brièvement?

Dada Masilo: J’ai commencé par une formation traditionnelle en ballet, en danse contemporaine, en mouvement contemporain et en improvisation. Les cours de danse pour moi ont débutés dès l’âge de 12 ans. J’ai aussi été étudié au studio P.A.R.T.S. à Bruxelles en Belgique pendant deux ans. C’est là que j’ai découvert la chorégraphie. J’ai toujours aimé la danse. Mon intérêt pour la chorégraphie a augmenté suite à mes études en Belgique. Je me voyais toujours comme une danseuse en premier lieu, mais comme j’aime beaucoup les récits et que j’ai développé une passion à travailler avec ceux-ci, j’ai vu les possibilités que la chorégraphie pourrait m’apporter en ce sens, raconter des histoires à travers la danse. J’ai donc pris la décision de me lancer en chorégraphie et de faire mes propres productions. Autrement, j’aurais continué à danser pour diverses compagnies, j’imagine.

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de produire Giselle?

DM: En 2008, j’ai fait la chorégraphie de Roméo et Juliette. J’ai commencé à faire cela parce j’adore les récits! J’ai eu l’idée de réinterpréter les classiques de la littérature et du ballet. Ainsi, j’ai fait Roméo et Juliette, Le Lac des Cygnes et maintenant Giselle. J’ai fait ces trois productions, parce que j’aime retravailler les récits et j’aime raconter des histoires. Je trouve que c’est un gros dé très intéressant, et j’aime me surpasser!

Quelle a été la plus grande difficulté à surmonter?

DM: Je crois que c’est surtout l’incarnation d’un personnage à travers les mouvements et la danse. C’est très abstrait comme processus. On peut qualifier cela de mouvements dans l’espace. J’essaie donc d’amener le processus plus loin, que ce ne soit pas seulement de la danse. Pour amener cela plus loin, j’essaie d’attaquer les problèmes qui sont présents dans la pièce. Les grands thèmes comme l’amour, la jalousie, la trahison, l’impuissance, l’abandon, la haine, la colère sont des émotions qui se transmettent par le corps. Utiliser les classiques est quelque chose qui a vraiment bien fonctionné pour moi. Je peux y mettre de l’intensité et me laisser aller dans la création.

En parlant des problèmes présents (les parties dramatiques) dans les pièces justement, peux-tu expliquer comment tu arrives à les transmettre à travers la danse?

DM: Ma motivation est surtout au niveau de la représentation de l’histoire. Il s’agit également de mon plus grand défi. « Comment créer une chorégraphie qui va être fidèle à l’histoire? » Je me pose constamment cette question, et ce tout au long du processus de création. Il est aussi très important pour moi que l’histoire soit claire. Je veux que l’auditoire comprenne l’intrigue. Ma priorité n’est pas nécessairement le physique, ni la technique, je veux absolument m’assurer que l’histoire soit comprise à travers les mouvements.
Ce n’est pas facile à faire et c’est le plus grand dé auquel je suis confrontée en tant que chorégraphe. C’est complexe, mais c’est excitant.

Comment se passe une journée en période de production?

DM: Cette fois-ci avec Giselle le processus a été très différent. Pour les autres productions, je pouvais passer 2 mois seule dans mon studio pour improviser, tester des mouvements inspirés par le vocabulaire, et voir ce qui fonctionne.

Pour la production de Giselle ça a été complètement différent parce que j’ai eu les danseurs en studio avec moi dès le début. Aucune période de création seule en studio! C’était très intimidant, parce que j’avais toutes ces personnes qui m’observaient et qui me demandaient qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui?

Des fois la réponse était: « je ne sais pas ». C’était très dur, mais j’ai beaucoup appris. Je crois aussi que ça a été très bénéfique pour les danseurs d’avoir été là dès le début du processus, ça les a aidé à comprendre la source de tel ou tel mouvement, la motivation qui se cache derrière. Dans ces moments-là, tout allait bien, mais d’autres jours c’était plus compliqué parce que je n’avais aucune idée de ce que nous allions faire… Je ne pouvais pas prendre de pause de 30 minutes pour réfléchir à ce que j’allais faire avec 12 personnes qui attendent mes consignes. Les gens me demandaient souvent qu’est-ce qu’on fait? On avait plusieurs discussions entre nous, pour comprendre l’histoire et explorer. C’était laborieux mais nous y sommes arrivés.

 

Photo © John Hogg. Interprètes Thami Tshabalala, Dada Masilo, Tshepo Zasekhaya, Thabani Ntuli, Ipeleng Merafe, Zandile Constable, Khaya Ndlovu.

Je n’arrive pas à m’imaginer une situation pareille. Avoir la confiance d’improviser devant des gens qui m’observent et attendent que je leur dise quoi faire… c’est intimidant! Avaient-ils le droit de participer à la conception de la chorégraphie?

DM: Dans le fonds considérant le nombre de personnages dans la pièce, j’ai décidé de leur laisser une bonne marge de manœuvre pour l’expression des mouvements. Je commençais toujours par leur donner un segment à travailler. Ils avaient alors la possibilité de se l’approprier, de le maîtriser.

Lorsque je remarquais des dérapages, je les ramenais à l’ordre. Si je trouvais qu’ils n’allaient pas assez loin, je faisais en sorte de les pousser. Il était important de trouver le juste milieu, une personne directrice qui leur donne de la liberté mais les ramène aussi à l’ordre sinon, il y a trop de chefs!

Quelle a été ta plus grande leçon apprise avec la production de Giselle comparativement aux productions précédentes?

Définitivement de faire confiance aux autres. Je sais qu’être une personne créative et mettre un projet sur place, peut faire en sorte que l’on se sente comme une personne enceinte. On se prépare à donner vie à quelque chose de personnel et proche de son coeur. Tu veux éviter que les autres y touchent. Vu que cette fois-ci c’était un travail d’équipe, j’ai dû permettre aux gens d’explorer à leur manière, et aussi ne pas avoir peur de leur dire en tant que créatrice, « hmm je ne suis pas d’accord avec cela ». Je trouve cela complexe parce qu’en même temps, je ne veux pas heurter les autres, mais je veux préserver ma vision. J’ai dû apprendre à dire mon opinion sur ce qui ne fonctionne pas. Je crois qu’il s’agit d’une question de confiance. Avoir confiance en les personnes avec lesquelles tu travailles, ainsi qu’en soi-même.

Le fait que la majorité des danseurs soient mes amis, a ajouté une dimension encore plus complexe au processus. Trouver l’équilibre entre, maintenant on travaille vs maintenant on s’amuse a été tout un défi! Mais je peux confirmer qu’on l’a trouvé cet équilibre. On y est, on est correct.

Comment trouves-tu ton équilibre entre ta vie personnelle et ta vie professionnelle, puisque tu pars en tournée une partie de l’année?

DM: Je ne peux pas dire que je l’ai trouvé (rires). Lorsque je travaille, je me concentre uniquement sur mon travail, sur ce que j’ai à faire dans le moment présent. Si je suis à la maison, je me concentre sur ma vie personnelle, je prends soin de moi etc. Vu qu’en ce moment je pars en tournée pour 3 mois, il m’est très difficile de dire, je vais balancer cela avec cela et telle autre chose.

Je ne veux pas me mettre la pression de tout faire en même temps, parce que c’est vraiment beaucoup, ce ne serait pas juste. Partir en tournée est très demandant, donc je ne peux pas tenter de me diviser en cinq versions différentes de moi-même pour tenter d’atteindre un équilibre inatteignable!

Je ne peux que me concentrer sur ce qui est devant moi; vie personnelle ou professionnelle.

Est-ce que ta famille t’accompagne lorsque tu pars en tournée?

DM: Noooon… Nooon. Tu sais, nous voyageons beaucoup, on va d’un endroit à un autre à un rythme effréné. Nous avons une petite équipe composée des danseurs, l’équipe de soutien et moi-même, ça fait environ 14 personnes incluant les managers. C’est bien assez!

*Entrevue exclusive pour Biloa-magazine.com réalisée par téléphone et en anglais le 12 septembre 2018.


Giselle en représentation:
OÙ: Théâtre Maisonneuve , Place des arts
QUAND: 25, 26, 27, 28, 29 septembre 2018 à 20h
Rencontre après-spectacle mercredi 26 et vendredi 28 septembre
Billets: Billetterie de la place des arts: 514-842-2112| 1-866-842-2112
Tarifs à partir de 36$| tarif 30 ans et moins disponibles