Entretien avec Magatte WADE : “L’Africaine a une autorité en matière de beauté”

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A la veille de la journée internationale de la femme du 8 mars, rencontre avec l’entrepreneuse sénégalaise Magatte Wade, 36 ans.

Magatte Wade - Florian Dacheux

Après Abidjan en septembre 2015, la deuxième édition des “Débats du Monde Afrique” s’est tenue le 23 février 2016 au Musée du Quai Branly, à Paris. Plus vulnérables aux déséquilibres et aux violences, les femmes sont également la plus grande chance du continent africain, pour sa croissance, sa santé et sa stabilité. A la veille de la journée internationale de la femme du 8 mars, rencontre avec l’entrepreneuse sénégalaise Magatte Wade, 36 ans. Après avoir vendu des boissons ethniques aux Etats-Unis, elle y commercialise des cosmétiques de luxe à base d’ingrédients traditionnels.

Vous êtes un des cinq plus jeunes millionnaires en dollars en Afrique. Qu’est-ce qui fait votre force ?

Je vais vous raconter une anecdote. Un jour à San Francisco je conduisais et j’ai failli avoir un accident. Cette vie que je vivais n’avait rien à voir avec ma vie au Sénégal. A la maison, au travail, on m’appelait “Frenchy”. J’ai beau être noir, tous les aspects positifs qui font ce je suis ne peuvent pas être donné à une Africaine. Je pensais tellement à cela que j’ai failli avoir un accident. A partir de ce moment-là, j’ai fait un pacte avec Dieu. Je voulais tout faire pour l’Afrique.

Quel est votre regard sur notre système économique au sens large ?

Je vois les cultures qui dominent. Dans ce monde, on doit survivre, et la meilleure manière de survivre c’est de s’expandre. Il y a ces boites de packaging. La jeunesse du monde, du Rwanda au Vietnam nous dit : je veux aller en Amérique. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent la dernière paire de Nike, visiter les bureaux de Facebook, voir les matchs de NBA. Tout cela, ce sont des marques. Les jeunes veulent du Victoria’s Secret. C’est le phénomène de marque.

Que diriez-vous aux femmes qui souhaitent entreprendre ?

Je suis si mal parfois. Je vois que culturellement je n’existe pas vraiment. Beaucoup de gens en Afrique ont un complexe d’infériorité. Moi je me dis : je ne peux pas changer ce qui s’est passé, mais vous pouvez être sûrs que je vais tout faire pour changer ce qui se passe devant. J’ai vu des gens prendre des bateaux de pêche pour rejoindre l’Europe, la plupart aujourd’hui servent à manger pour les poissons. Ma culture disparaît. Mais j’ai découvert que la création de marque de consommation propage la culture.

Comment avez-vous compris qu’il était possible de propager la vôtre ?

L’Africaine a une autorité en matière de beauté. On passe du temps sur notre corps tous les jours. Il faut le garder en état optimum chaque jour. Cela, on l’apprend aux Américains. Lotion, gommage, etc. Les femmes américaines découvrent que nous le faisons tous les jours. Elles comprennent que c’est d’abord le meilleur chemin pour s’aimer soi-même.

Vous vous apprêtez à transférer votre production en Afrique pour y créer des emplois et financer des établissements. Etes-vous confiante ?

Oui, l’Afrique a besoin de millions d’emploi et il faut former les jeunes aux activités créatives. Il faut créer des entreprises, mettre la pression sur nos gouvernements. C’est une grande chance de pouvoir aller où l’on veut. Je n’ai pas quitté le Sénégal, j’y passe encore du temps. Il faut faire tomber les barrières que les femmes ne peuvent pas faire ceci ou cela. En finir avec tous ces fossés. Les Africains pensent toujours que ce qui se fait ailleurs est mieux. Je veux qu’ils prennent confiance en eux, qu’ils se voient enfin en contributeurs de la planète.

Propos recueillis par Florian Dacheux

Crédit Photo : Florian Dacheux

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