Karibu Montréal, un carrefour de connaissances culturelles et professionnelles de la communauté afro-caribéenne

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Article actualisé le 02 avril 2021

Fondé par des jeunes passionnés panafricains, Karibu Montréal se présente comme une plateforme relayant les informations dans les communautés afro- caribéennes, sur le plan de la culture et de l’économie. 

Entrevue avec les fondateurs de Karibu Montréal, Lemy et Diogène. Les deux amis se connaissent depuis la Belgique. Ils sont tous les deux arrivés à Montréal en 2013. Lemy évolue dans le domaine des assurances, et Diogène est conseiller en technologie de l’information. Il vient de créer son entreprise, ERP Happy.

KARIBU signifie Bienvenue dans la langue Swahili. Lemy et Diogène souhaitent que les gens se sentent bienvenus partout où ils sont, que la communauté africaine recommence à se rencontrer, à discuter et à collaborer.

Comment est né le concept Karibu Montréal ?

Lemy : étant des Noirs ayant grandi en Occident, on s’est toujours intéressé aux problèmes de la communauté. Déjà en Belgique, on participait à des conférences, on s’intéressait à la culture africaine, à notre Histoire, nos traditions…… En arrivant à Montréal, on s’est réuni avec Diogène et d’autres amis et on s’est dit qu’on pouvait aussi agir ici

Au départ, Karibu Montréal était une plateforme d’information sur une page Facebook. L’idée principale est de relayer l’information. On veut vraiment que les gens soient au courant de ce qui se passe à Montréal dans le domaine de la culture et de l’économie. 

Diogène : A la création de Karibu Montréal en octobre / novembre 2013, nous étions  8 personnes. Rapidement, nous sommes passés de 8 à 6. Aujourd’hui nous sommes deux. On a organisé deux événements fin 2013/début 2014 puis il y a eu une période de trêve. On a repris il y a un an, au printemps 2016 juste à deux, Lemy et moi-même. On a organisé deux événements l’année passée à Pointe-Saint-Charles : une projection du film “Etats-Unis d’Afrique” et une conférence sur l’Histoire de l’Empire Mali.

Combien d’événements avez-vous organisés à ce jour ? 

Lemy : Quand on était 8, on avait organisé deux événements réseautage. A deux, Diogène et moi-même, on a organisé 6 événements. Et c’est au deuxième événement sur l’Empire du Mali qu’on a compris qu’on allait plus se concentrer sur l’Histoire africaine. Car avec un minimum de publicité, on a réussi à attirer 30 personnes dans une petite salle appelée Sur la Well. Et ce sont des gens qui venaient de loin. Cela montre qu’il y a un intérêt. Donc d’octobre 2016 à janvier 2017, on a commencé à préparer “Retour aux Pyramides”.

On réunit aujourd’hui entre 100 et 150 personnes à chaque événement.

Quels sont vos objectifs à travers vos événements “Retour aux Pyramides” ?

Diogène : Il y a un gros manque à travers la communauté afro-caribéenne et ce n’est pas limité à Montréal : un manque de confiance en soi, un manque de confiance entre nous. Et ce problème profond engendre beaucoup de comportements qui sont par exemple, le Noir consommateur va être beaucoup plus hésitant à aller consommer chez un de ses frères ou une de ses sœurs. On a enseigné au Noir que son passé commence avec l’esclavage, la colonisation.

Mais c’est faux. Il y a tellement de choses qu’on ne nous enseigne pas dans l’éducation formelle. Et c’est un trou que l’on veut essayer de combler. On pense que combler ce manque d’éducation contribue fortement à notre objectif  à  long terme qui est qu’on reprenne confiance en nous-mêmes, et confiance dans le fait de collaborer entre nous.

Donc avec “Retour aux Pyramides”, on voit ça comme un des moyens pour atteindre notre objectif à long terme.

Comment sont structurés vos événements du point de vue du contenu ?

Lemy : Les événements sont structurés de cette façon : on amène des personnes dans un bel endroit comme l’espace Mushagalusa. On a un animateur et un intervenant sur scène. L’animateur pose des questions à l’intervenant. Ce n’est pas un cours magistral, c’est comme une conversation avec pour thème les empires africains. Et on passe à travers les aspects organisationnels de cet empire de manière relax. A partir de là, on veut que les gens puissent aller d’eux-mêmes chercher l’information. Donc on donne des références pour qu’ils approfondissent. C’est une impulsion que l’on veut leur donner.

Comment choisissez-vous vos intervenants ? 

Lemy : On ne prend pas des experts. Ce sont des gens qui ont fait des recherches, qui lisent. Et souvent, on prend des gens qui ne sont pas issus de ces “royaumes” de façon à ce qu’on puisse montrer que nous venons tous de ces empires. Un exemple : l’Empire du Mali a été présenté par une Haïtienne, Winny Jay. On recherche des personnes très passionnées, mais qui ont aussi une pédagogie.

Il y a aussi beaucoup de personnes qui après avoir assisté à un événement nous demandent : “est-ce que je peux présenter un empire ?”  Donc ce n’est pas vraiment nous qui allons les chercher, ils viennent à nous. Ils ont envie de transmettre aussi.

Diogène : A date, on n’a pas fait d’annonces sur Internet. On identifie nos intervenants dans notre réseau personnel. Le milieu panafricain est en croissance, mais pas si énorme que ça à Montréal. Donc les gens passionnés par le sujet, tu les rencontres assez vite. 

Quel est le retour du public venu assister à vos événements ? 

Diogène : Dans ce qui revient souvent et qui est positif, c’est la formule. Le fait que ce ne soit pas une conférence, que ce soit  présenté de façon plus détendue, souvent avec un peu d’humour et qu’on essaie de communiquer au maximum avec le public.

Lemy : Et le thème ! Les gens ressortent toujours avec une information en plus. Et c’est souvent une information valorisante. Ils aiment aussi la chaleur des organisateurs ! (Rires)

Diogène : Dans les points à améliorer, souvent on nous demande de faire plus long. On avait commencé en se disant qu’on allait faire 45 min de présentation, une pause puis 45 min d’échanges. Mais on s’est rendu compte que 45 min c’était vraiment trop court. Donc on est passé à un format, 1h-1h15. Et on nous disait encore qu’il fallait faire plus long. Donc on a plus vraiment de pause officielle, et on a raccourci le temps d’échanges.

Il y a aussi des choses auxquelles on pouvait s’attendre, comme des approximations, des sujets qui ne sont pas  abordés… Mais cela est dû au fait que Karibu Montréal apprend et que l’intervenant est autodidacte.

Lemy : Ce sont des aspects organisationnels qu’on a choisis : économique, social, militaire et politique. Chaque empire s’est démarqué par un aspect en particulier. Par exemple pour l’Empire Zulu, on va plus parler de l’aspect militaire. On ne va pas parler des aspects moins marquants.

Donc le fait qu’on informe pas sur tout est dû au manque de temps, et c’est aussi un choix. Dans le contexte de l’éducation populaire, il y a un échange après. Même le public peut nous enseigner, car comme on l’a dit, on n’est pas des experts. On apprend tous ensemble.

Quels seront les thèmes de vos prochains événements ? Est-ce qu’il y aura un spécial pour enfants ? 

Diogène : on a fait “Retour aux Pyramides” Acte 1 à Acte 4 : Empire Mali, Royaume Kongo, Empire Aksoum et Empire Zulu. L’acte 5 sera sur l’Empire du Dahomey,le 20 juin prochain. Et l’acte 6, sur l’Empire des Maures dans les prochains mois.

Pour nous, l’enseignement aux enfants, c’est fondamental. Au plus tôt tu décolonises ton esprit, plus facile c’est. On n’a pas prévu dans le cadre de Retour aux Pyramides. Mais on connaît plusieurs personnes qui sont déjà actives. On pourrait faciliter la transmission de connaissances aux personnes qui enseignent déjà l’Histoire aux enfants ici à Montréal.

Lemy : Et l’Histoire et l’éducation sont des clés qui nous permettent d’aller de l’avant.

Diogène : On veut être le carrefour de connaissances culturelles et professionnelles de la communauté afro-caribéenne à Montréal. Si quelqu’un veut en connaître plus sur sa culture et réseauter avec des professionnels, Karibu Montréal contribue fortement à cela. On est sûr que c’est par le culturel et le professionnel qu’on va briser nos chaînes mentales pour recommencer à collaborer entre nous et reprendre la place qui est la nôtre sur cette belle planète.

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