L’envers du décor : rencontre avec Chilandre Patry, Dîner en Blanc Haïti

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Lancée il y a peine trois ans, la version haïtienne du Dîner en blanc ne cesse de prendre de l’ampleur. Chilandre Patry qui œuvre dans le milieu des communications depuis plus de 10 ans, aussi mère de famille et passionnée des arts et de la culture, nous raconte l’envers du décor.

L'équipde de Dîner En Blanc Haïti (de gauche à droite) : Chilandre Patry, Ingrid Enriquez-Donissaint, Johanne Buteau, Carla Beauvais.
L’équipde de Dîner En Blanc Haïti (de gauche à droite) : Chilandre Patry, Ingrid Enriquez-Donissaint, Johanne Buteau, Carla Beauvais.

Lancée il y a peine trois ans, la version haïtienne du Dîner en blanc ne cesse de prendre de l’ampleur. Chilandre Patry qui œuvre dans le milieu des communications depuis plus de 10 ans, aussi mère de famille et passionnée des arts et de la culture, nous raconte l’envers du décor.

 

Tout d’abord, parlez-moi du Dîner en blanc ?  

Le Dîner en blanc est un concept originaire de Paris, en France, où Monsieur François Pasquier qui, à l’origine voulait simplement  investir d’un lieu public avec des amis en partageant un bon repas, passer un moment avec eux.

La première édition comptait 300 convives, tous habillées de blanc. Avec le succès de cette rencontre et surtout la simplicité de la formule; aujourd’hui 70 villes à travers le monde répliquent ce concept chapeauté par Dîner en blanc International.

Ce sont des amis, des amis d’amis et des amis d’amis, d’amis, qui se donnent rendez-vous dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment. D’un point de vue photo, c’est vraiment quelque chose de merveilleux de voir tous ces gens habillés en blanc. Ils s’arrêtent pour partager un repas. Ils mettent beaucoup d’accent sur l’art de table, l’élégance et l’éthique à table.

Et pour Dîner en blanc Haïti? Est-ce le même concept, ou apportez-vous quelque chose de différent, de spécial.  

À  la base le Dîner en blanc est comme une franchise, donc le concept est répliqué d’une ville à l’autre. Cependant, chaque ville l’adapte. Pour Haïti, il y a la saveur haïtienne. Il y a des détails qui ne sont pas les mêmes. Par exemple, nous nous rendons au lieu secret en autobus. Et une fois arrivés sur place les gens n’ont pas à louer des tables. Mais encore, il y a l’esprit haïtien qui est très axé à la fête. D’ailleurs, le vin coule, la fête a déjà commencé dans l’autobus. De plus, en ce qui a trait aux saveurs culturelles, ont fait affaires avec des traiteurs Haïtiens et des entrepreneurs du pays. Ce sont tous ces petits détails avec la convivialité qui apporte une touche culturelle au Dîner en blanc.

Qui sont les instigatrices du Dîner en blanc ? 

En 2012, Carla Beauvais, Ingrid Enriquez-Donissaint et moi-même avons participé  ensemble au Diner en blanc de Montréal. Et nous avons trouvé cela tellement magique. En novembre, Carla nous a contactés et nous a dit : «les filles  ont fait le dîner en blanc en Haïti.»  Aucune d’entre connaissait le pays et aucune d’entre nous n’y avions été. Nous nous sommes embarqués dans l’aventure sans réellement savoir ce qui nous attendait. Nous nous sommes dites ce sera notre contribution pour le pays. C’était vraiment une idée de fou! Défrichage et rencontres, Carla et Ingrid ont passé quelques semaines en Haïti afin de connaître le pays. Mais ce sont les gens qu’elles ont rencontrés là-bas qui ont été des conseillers en or. Nous travaillons dans l’événementielle ici, au Québec,  mais là-bas, c’est vraiment quelque chose de différent. C’est un marché qu’on ne connaissait pas.

Par la suite, Joanne Buteau s’est jointe à nous. Elle réside en Haïti. Elle connait les rouages de l’événementielle Haïtienne, c’est une bible ouverte et elle a beaucoup de contacts.  L’équipe est désormais complète.

Pour faire suite à ce que tu viens de dire. Quelles sont les différences dans l’événementielle en Haïti et celui au Québec ?

C’est un autre rythme. C’est une autre manière de faire. C’est beaucoup au toucher, au contact avec la personne. Il faut que tu rencontres la personne, elle te ressent. Ensuite tu peux discuter affaires avec elle. Tu vas prendre un verre de vin avant de discuter affaires avec cette personne. Les histoires de courriels et d’attendre la réponse le jour même oubliez-ça! Tu peux envoyer un courriel et recevoir la réponse deux semaines plus tard. C’est vraiment un autre rythme. Nous sommes arrivées avec notre attitude nord-américaine. On veut tout, tout de suite ici. Cependant, il a fallu à Carla qu’elle soit sur place afin de voir comment les gens fonctionnent là-bas.  Elle s’est rendu compte que les gens s’attendent à une première approche intimiste pour que ça débloque. Mais lorsqu’ils embarquent, ils embarquent à 100%.

Cette année 40% des participants étaient des touristes. Comment DEB Haïti a servi, aidé au rayonnement du pays à l’étranger ?  

À la base, notre intention première était de projeter une image différente d’Haïti. Car on le sait très bien, dans les médias on sait ce qui sort. On voulait changer les données lorsqu’on Google Haïti, mais que ce soit des images différentes qui sortent. Pour ce faire, nous avons dû nous assurer que du rayonnement à l’international et une visibilité. Étant donné que nous œuvrons chacune dans le domaine de l’événementielle. Nous nous sommes assurées de faire la promotion de l’événement non seulement en Haïti, mais aussi à l’international. La plupart du temps, Le DEB cible les gens locaux. C’est-à-dire, Montréal fait la promotion de Montréal, Toronto, etc. Nous, nous avions la double tache de faire la promotion en Haïti, mais aussi de la rendre l’événement intéressant pour les gens de la diaspora haïtienne. C’était un objectif très important. D’ailleurs, d’année en année le nombre de touristes augmente. Des gens qui n’avaient jamais mis les pieds en Haïti. Avec le diner en blanc c’est un bon prétexte de s’y rendre. Ils osent mettre le pied là-bas. C’est un vraiment un élément de fierté. Les gens de la diaspora et même des touristes se rendent au pays pour le DEB et finissent par visiter Haïti.

Quelle est votre plus grande fierté par rapport à cet événement ? 

C’est le fait que des gens qui n’avaient jamais mis les pieds ou d’autres qui n’avaient jamais envisagé Haïti comme destination de vacances qui y vont. Aussi, on est fière du fait que la locomotive du DEB Haïti est composée d’artisanats, d’entrepreneurs haïtiens. On voulait que d’A à Z on collabore, qu’on crée avec des gens de là-bas. C’était très important pour nous.

Dîner en Blanc Haïti 2015

Vous en êtes à votre 3e édition, cette année, il y a-t-il  eu des éléments de nouveauté ?  

Chaque année le lieu est différent. Que les gens apprennent à découvrir différemment. Cette année c’était en plein milieu du Champ de mars dans le Jardin du Musée du panthéon national haïtien (MUPANAH). Les gens y circulent tous les jours. Imaginer un Dîner en blanc à cet endroit-là a été quelque chose de très audacieux, mais aussi de très beau. Aussi, à chaque édition ce sont des nouveaux bands qui assurent la partie divertissement. De même que pour les traiteurs.

Quels ont été les challenges et les craintes ?  

Lorsqu’on parle de tourisme et de voyage et aussi pour le déplacement en autobus de 35 autobus. La question de sécurité a été une de nos préoccupations premières. Chaque année on a la collaboration de la Police nationale, Politour et la sécurité de (DEB-Haïti) en plus de la sécurité de la compagnie d’autobus. Ce sont les défis et casse-têtes logistiques les plus énormes avec lesquels ont conjuguent : la logistique de déplacer 750 personnes dans un lieu. C’est complètement fou! On doit assurer les départs et surtout veiller à ce que le secret ne sort pas. Il y avait aussi, le défi de la promotion et des relations publiques : rendre l’événement intéressant autant pour la clientèle locale que pour la clientèle extérieure et le rendre pertinent. On voulait s’assurer que le message puisse toucher les deux cibles. C’est un défi auquel on doit penser chaque année.

Chaque année, le lieu de l’événement est tenu secret. Y a-t-il déjà eu des fuites ?

Si y’en a ce n’est pas de nous! Même entre nous, c’est complètement fou, durant la préparation, pas une seule fois nous n’avons prononcé le nom du lieu où allait se tenir l’événement. C’est comme un mot tabou. On se trouve toute sorte de codes pour ne pas le prononcer. La compagnie d’autobus qui aurait pu être la plus grosse fuit, elle-même pour sa part est hermétique.

Avez-vous l’intention d’organiser d’autre événement de ce type-là en Haïti, formez-vous une compagnie événementielle en Haïti seulement dans le cadre du diner en blanc ?  

En ce qui a trait à l’événementielle, Haïti est très bien servi. Port-Prince. Carla (l’une des organisatrices) est demeurée là bas. Après la première édition, elle n’est pas revenue. Elle vient au Canada, une fois par année pour faire ses contrats. Cependant, son entreprise est désormais basée en Haïti. Johanne Buteau y est déjà aussi.  Ingrid et moi avons divers projets. Nous sommes très impliqués d’une manière individuelle dans différents projets (orphelinat, galeries d’art, etc.). Symbiose forte au sein de l’équipe. Nous avons les mêmes centres d’intérêt : marketing, relations publiques, événementielles, communications. Et nous avons tous des projets dans les arts et dans la culture. Mais de manière collective, on mène le Dîner en Blanc. Chaque année, on discute d’une possibilité d’aller un peu plus loin, on verra, ce que l’avenir nous réservera.

Combien de temps à l’avance préparez-vous une édition ? Et est-ce que la date de la prochaine édition est fixée ? 

Nous commençons dès le lendemain de l’édition précédente! Pour ce qui est de la 1ere édition en 2013, nous avons tout organisé en un temps record de 3 mois! La prochaine édition aura lieu le Le 16 juillet 2016.

Est-ce que vous cherchez des partenaires ? Et comment les entreprises ou personnes intéressées par votre projet peuvent-elles vous contacter ?

Absolument. Nous souhaitons chaque année collaborer avec de nouveaux commanditaires, partenaires média et partenaires de service. Ecrivez-nous à l’adresse info@haiti.dinerenblanc.info On invite également tout le monde à nous suivre sur les réseaux sociaux Facebook, Instagram et Twitter.

Maude Lafleur pour Biloa Magazine