Suite et fin de l’interview de Arnaud Segla, spécialiste des questions liées à l’entrepreneuriat ethnique

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Biloa Magazine : Sur la base de votre expérience, quel est le profil des entrepreneurs immigrés ou d’origine immigrée que vous accompagnez ?

Arnaud Segla : J’ai eu à travailler au sein du projet Ujamaa Initiative for Black Entrepreneurship ou UIBE de l’Association de la Communauté Noire de Côte-des –Neiges à Montréal pendant un an. Les entrepreneurs dont on avait le mandat d’accompagnement étaient ceux de la communauté Noire anglophones de l’île de Montréal. Cela incluait des entrepreneurs nouvellement arrivés des caraïbes, d’Afrique et ceux de deuxième ou troisième génération d’immigration vivant dans la partie anglophone de l’île ou s’exprimant en tout ou partie en anglais.

Biloa Magazine : Observe t-on des différences dans entrepreneuriat ethnique entre pays ? Si oui lesquelles ?

Biloa Magazine : Sur la base de votre expérience, quel est le profil des entrepreneurs immigrés ou d’origine immigrée que vous accompagnez ?

Arnaud Segla : J’ai eu à travailler au sein du projet Ujamaa Initiative for Black Entrepreneurship ou UIBE de l’Association de la Communauté Noire de Côte-des-Neiges à Montréal pendant un an. Les entrepreneurs dont on avait le mandat d’accompagnement étaient ceux de la communauté noire anglophone de l’île de Montréal. Cela incluait des entrepreneurs nouvellement arrivés des Caraïbes, d’Afrique et ceux de deuxième ou troisième génération d’immigration vivant dans la partie anglophone de l’île ou s’exprimant en tout ou partie en anglais.

Mon expérience reste liée à mon parcours personnel et je n’ai pas eu encore accès à des statistiques pertinentes sur ce phénomène dans les pays de l’OCDE. Pour ma part, j’ai observé peu de différence entre le Québec et la France, bien que les politiques de fiscalité ne présentent pas le même poids sur l’activité économique. Il faut dire que Toronto reste au Canada, le principal pôle d’immigration et les conditions d’accès à l’emploi favorisent un entrepreneuriat ethnique proactif à destination des besoins à combler pour les communautés présentes.

En Afrique, l’immigration économique est très diversifiée. Les immigrants, hors corps expatriés, se mêlent à l’économie informelle déjà présente soit par choix, il ne s’agit plus alors d’entrepreneuriat ethnique, car ils ont accès au même niveau de ressources locales disponibles, soit par barrière à l’accès à ces ressources pour des raisons le plus souvent de nationalité on rentre alors dans le cadre de l’entrepreneuriat ethnique.

La zone reste cependant assez grise dans le cas de l’Afrique, car l’entrepreneuriat ethnique emprunte des caractéristiques de l’économie informelle qui reste elle-même influencée par l’exode rural et l’économie souterraine. L’Afrique étant en général une terre d’accueil, le concept d’entrepreneuriat ethnique est amené à plus concerner les diasporas des pays émergents dans les pays « dits » développés.

Biloa Magazine : Observe-t-on des différences dans entrepreneuriat ethnique entre hommes et femmes ? 

Arnaud Segla : La proportion d’entrepreneurs ethniques est sensiblement la même entre hommes et femmes avec une très légère majorité de femmes. La principale différence se situe dans la nature des projets d’affaires.

Les hommes ont tendance à plus de sophistication et de prise de risques. Ils défendent souvent une innovation ou un projet nécessitant des investissements importants pour le lancement. On retrouve ainsi des projets technologiques ou artisanaux différenciés.

Les femmes quant à elles restent dans des idées plus concrètes demandant peu en investissement de lancement. Elles investissent dans la création en mode et beauté ou le commerce et la préparation de produits ethniques.

Ce sont ici des stéréotypes volontaires issus de mon observation. L’une ou l’autre de ces tendances comporte des avantages et des inconvénients. Du point de vue des communautés, le fait d’avoir des flambeaux technologiques est tout aussi bon pour la fierté que le fait d’être sûr de disposer de salons de coiffure ou de produits de beauté facilite la vie des membres même si un trop grand nombre peut à la longue être problématique.

Biloa Magazine : Quels conseils pouvez-vous donner à ces entrepreneurs, et particulièrement aux femmes entrepreneures pour réussir leurs projets ?

Arnaud Segla : J’essaye le plus possible de créer une base de référence, tant en habilitation qu’en sensibilisation avec les outils en ligne qui sont à ma disposition. Le blog Entrepreneurethnik est relié à une page Facebook, un compte Twitter et un groupe Linkedin est actif sur les questions qui concernent ce concept. Ce qui se dégage de ces échanges, est qu’il faut croire en l’importance de son projet d’affaires pour soi et pour la communauté à laquelle on appartient.

Dans l’économie classique, l’idée d’affaires vient en réponse à un besoin du marché. Le plus souvent après une étude de marché ou l’analyse des bailleurs de fonds, plusieurs projets passent à la trappe. La démarche que je défends est de choisir une activité dans laquelle on est prêt à s’investir par facilités personnelles ou choix du cœur puis d’utiliser les outils de l’économie classique pour lui garantir des chances de survie. La simplicité est à valoriser dans toute la démarche de création et le professionnalisme dans la gestion de l’activité.

Biloa Magazine : Vous annoncez par ailleurs sur votre blog la création d’une plateforme de financement communautaire et un espace de partage d’information, pouvez vous nous en dire plus sur ces deux projets ?

Arnaud Segla : Il s’agit de deux projets qui sont sur la planche à dessin de la compagnie THE WISEMEN COUNCIL. La plateforme de financement communautaire vise à associer des profils professionnels différents pour mettre en commun les besoins de financement et d’investissement. La première version de la plateforme n’a pas obtenu le feu vert. On affine donc le modèle et on étudie actuellement les questions légales.

Pour ce qui est de l’espace de partage d’information, le principe est de partager de l’information économique en temps réel entre membres d’une communauté. Face à la trop grande surenchère des réseaux sociaux en ligne, on confirme le type de structure initial pour la plateforme. La suite sera une première évaluation avec des programmeurs, mais on est encore à la phase de l’avant-projet.

Biloa Magazine : Merci pour vos réponses, souhaitez-vous faire un commentaire ? Arnaud Segla : Je profite du fait qu’on vient de parler de projets pour annoncer qu’un guide sur l’entrepreneuriat ethnique que j’ai élaboré sera bientôt disponible en même temps que d’autres ouvrages en gestion qui viennent en soutien à cet effort d’habilitation et de sensibilisation. Ces livres servent de référence à une nouvelle vision du management et l’économie qui est exclusive à THE WISEMEN COUNCIL dont le nom est la Méthode Ka.

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